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Quand travailler rime avec pauvreté

Santé, Vie de quartier
Entre les maisons unifamiliales, les condos et les duplex bien entretenus se cachent des poches de pauvreté et d'importants écarts de richesse dans le quartier. (photo : Stéphane Desjardins, archives Pamplemousse.ca)
Entre les maisons unifamiliales, les condos et les duplex bien entretenus se cachent des poches de pauvreté et d’importants écarts de richesse dans le quartier. (photo : Stéphane Desjardins, archives Pamplemousse.ca)

Le nombre de travailleurs qui n’arrive pas à joindre les deux bouts est en augmentation constante au Québec. Un phénomène qui touche particulièrement le grand Montréal et ses différents quartiers, y compris Mercier-Est.

À l’échelle du grand Montréal, quatre personnes sur dix vivent sous le seuil de pauvreté tout en travaillant, révèle une étude menée conjointement par Centraide du Grand Montréal et l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et dévoilée lors de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, le 17 octobre dernier.

De 2001 à 2012, leur nombre a augmenté d’environ 30 % dans le Grand Montréal. Ainsi, alors qu’ils étaient autour de 90 000 en 2001, ils seraient 125 000 aujourd’hui. Le travailleur pauvre, comme le définit ce document, n’est pas étudiant, est âgé entre 18 et 64 ans et gagne en moyenne 15 460 $ par année pour une personne seule ou 17 920 $ pour un ménage (couple ou famille).

Dans Mercier-Est, ce sont 8,6 % des travailleurs qui se classent dans cette catégorie, révèle l’étude. Une proportion légèrement au-dessus de la moyenne de la grande région de Montréal, qui est de 8,4 %, mais bien en dessous de celle de Parc-Extension, le secteur le plus touché par ce phénomène, alors que ce nombre grimpe à 30,7 %.

La situation dans Mercier-Est se compare aussi avantageusement avec celle de ses voisins, alors qu’Anjou compte 8,9 % de gens qui travaillent, mais qui demeurent défavorisés, Mercier-Ouest, 9,9 %, et Hochelaga-Maisonneuve, 14,6 %.

Une moyenne qui cache plusieurs réalités

Des résultats qui n’étonnent pas outre mesure Émilie Auclair, directrice générale de Solidarité Mercier-Est (SME). « C’est souvent comme cela pour le quartier, alors qu’on se trouve dans la moyenne montréalaise. Mais sous ces données se cachent des réalités parfois fort différentes et certaines situations sont noyées sous les statistiques. » En effet, entre les maisons de ville, les duplex bien entretenus et les condos se cachent des poches de pauvreté qui passent parfois sous le radar et des écarts importants entre les gens favorisés ou pas.

« Comme le quartier est assez populeux, avec 40 000 résidants, il faut plutôt regarder le nombre absolu de personnes pour avoir une meilleure idée de la réalité », ajoute-t-elle. Ainsi, le phénomène n’épargne donc pas Mercier-Est, qui compte 1335 travailleurs pauvres, soit plus que dans Anjou (1260), dans Montréal-Est (125) et légèrement moins que dans Mercier-Ouest (1405).

L’étude démontre par ailleurs que les personnes les plus affectées sont les familles monoparentales, qui représentent 40 % des ménages avec enfants dans Mercier-Est (33 % pour le reste de Montréal), selon les données du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Est-de-l’Île-de-Montréal (CIUSSS). Les immigrants fraîchement arrivés sont aussi plus à risque.

« La pauvreté chez les travailleurs accentue les inégalités et représente un défi supplémentaire pour les organismes de notre réseau, explique Lili-Anna Pereša, présidente et directrice générale de Centraide du Grand Montréal. Ces inégalités se traduisent par un écart entre la situation de vie des mieux nantis et celle des personnes défavorisées qui s’accroît tout au long de la vie. » D’ailleurs, certaines recherches ont démontré que l’espérance de vie diminuait de 9 ans selon que l’on vive dans l’est ou dans l’ouest de la ville. « D’où l’importance d’intervenir le plus tôt possible auprès des enfants et de leurs familles pour briser le cycle de la pauvreté », ajoute-t-elle.

Cette étude arrive juste au moment où plusieurs organismes et instances syndicales revendiquent la hausse du salaire minimum, de 10,75 $ à 15 $. Une augmentation qui permettrait de jeter un peu de lest dans le budget des travailleurs, qui vivotent souvent avec des emplois de plus en plus précaires.

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