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Salut Philippe, salut Justin

Économie, Santé, Transport, Vie de quartier
« Pour commencer, je suis de la génération X. X comme quand on met une croix sur quelque chose qui est de trop dans nos vies. » (photo : www.pixabay.com)
« Pour commencer, je suis de la génération X. X comme quand on met une croix sur quelque chose qui est de trop dans nos vies. » (photo : www.pixabay.com)

Ça vous dérange pas trop que je vous appelle par vos p’tits noms? Je me disais de même que j’aimerais ça qu’on soit chummy faque qu’on s’appelle par nos p’tits noms ça pourrait aider. By the way, moi c’est Josée.

Je vous connais tous les deux par votre vie publique. Justin parce que pour mes parents c’est le fils du cousin de la fesse gauche de Satan pis parce que j’ai appris à l’aimer à reculons parce qu’il a remplacé, l’an passé, le cousin de la fesse droite de Satan. Phil lui c’est plus le Monsieur qui semblait être le moins méprisable des méprisables, mais qui est devenu un des plus méprisants des méprisants.

Bon, asteure que je vous ai dit pourquoi je vous connais, je me dis que vous pourriez être curieux de savoir qui je suis (ou pas, mais m’en contrefout).

X comme sur un formulaire impersonnel qu’on remplit pis qu’on met sur une pile de centaines d’autres. X comme dans « signez ici qu’on vous attache avec un contrat éternel ».

Donc, je ne vous apprends rien en vous disant que mes parents sont issus d’une génération gâtée avec des régimes de retraite de fous pis des bungalows, pis des chalets où on va avec le gros char de l’année… Pas les miens. J’ai grandi dans un trailer park, tsé le white trash? Mon père était commis chez Steinberg, ma mère surveillante du diner à l’école, mais surtout mère au foyer du haut de sa 6e année terminée. Pis mon père travaillait pu chez Steinberg un moment donné, chicane de riches, liquidation d’une entreprise. Pis il a fini par travailler pour un franchisé. Pour ton information une franchise c’est comme une PME avec une grosse bannière où le syndicat vaut pu rien pis où les employés voient leur salaire baisser et stagner forever

Je suis allée au CÉGEP, pis j’ai commencé à travailler à temps plein… Avec des beaux moments d’espoir pis d’autres de noirceur… de grande noirceur. Des dépressions, des psychiatres blasés qui me diagnostiquent un trouble de la personnalité limite. « Enweille à maison la grande pis prends sur ta personnalité d’enfant gâtée en manque d’attention. » Tant pis pour l’empathie. Jusqu’à mes 36 ans où je suis diagnostiquée avec un trouble bipolaire type 2 suite à une belle hypomanie (en dehors du réseau des hôpitaux BTW). Tsé comment ça coûte une hypomanie prise en charge un peu tard? Cher en titi si je me fie au taux d’intérêt sur ma carte de crédit.

C’est beau les médicaments, mais quand ton assurance salaire a hâte que tu retournes payer tes taxes pis tes cotisations, tu stresses en attendant d’avoir de l’aide en psychothérapie au CLSC pis tes collègues, ton employeur te voient comme une lâcheuse, une faible, ça te picosse pis ça te regarde avec une bienveillante condescendance. Pis tu lâches la job, à boutte.

Pis tsé quoi? Le prix des loyers a monté pas mal plus vite que mon salaire. La bouffe, les bidules électroniques qui deviennent à peu près indispensables à une recherche d’emploi, pis toute devient trop cher, comme manger sainement ou équilibrer ta vie avec des loisirs (sic).

Pis là j’ai déménagé, pis j’suis à pied, pis la clinique à côté de chez-nous veulent à peine me voir en sans rendez-vous, le médecin peine à cacher son agressivité pour me dire qu’il ne me suivra pas. Faut que je continue d’aller à ma clinique sur la Rive-Sud de Montréal, voyage d’une journée de travail manquée et pas payée. Mon copain lui, avec ses problèmes de pression est tombé dans les grâces de la même clinique. Ils lui ont expliqué comment faire pour que son médecin l’enlève de sa liste de patients afin que leur médecin le mette sur sa liste à lui.

Pis je vis dans l’est. Manque tout le temps des autobus. J’suis à pied, j’m’endure, la STM a le monopole de mon transport. Je voudrais ben encourager le chauffeur de taxi qui se fait avoir par Uber, mais faudrait qu’il me fasse un rabais dont il a tellement pas les moyens. Pis l’hiver je m’habille en oignon de linge acheté au Village des valeurs, à la fripe-prix Renaissance, etc… Pis chez nous on décore avec des gugusses trouvées après le 1er juillet, dins poubelles, dans les sous-sols d’églises…

C’est ça l’affaire. C’est que je suis pas analphabète, ni si inculte. Pis je sais que c’est pas de la faute de mes voisins migrants si on a fait le calcul de créer une compétition dans les chercheurs d’emploi, de créer du cheap labor tout en opposant les « d’icitte » pis les nouveaux. L’affaire c’est que je participe pu tant que ça à votre économie les gars, l’affaire c’est que ma participation est sur le bord de se limiter à fournir ma main-d’œuvre à des intérêts privés… Comme le BS pis la loi 70, pis les vieux, pis les travailleurs au salaire minimum. L’affaire c’est que la sainte mondialisation se criss de nous.

C’est ça les boys. J’espère que ma familiarité ne vous agace pas trop. C’est que vu le peu de respect que vous et/ou vos confrères politiques/leaders économiques nous réservent à moi et mes semblables de la plèbe je me suis dit qu’un peu de familiarité vous aiderait à voir les personnes derrière les électeurs, les numéros d’assurance sociale et autres statistiques.

À la prochaine chicane les boys. 

-Josée Allard, résidente de Mercier-Est

Les opinions émises dans les blogues sont celles de leurs auteurs et non celles de Pamplemousse.ca.
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