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Léo Vallières : un demi-siècle à la quincaillerie

Vie de quartier
Depuis 50 ans, Léo Vallières travaille à la quincaillerie de quartier. (photo : Anne-Marie Tremblay)
Depuis 50 ans, Léo Vallières travaille à la quincaillerie de quartier. (photo : Anne-Marie Tremblay)

Depuis 50 ans, Léo Vallières travaille à la quincaillerie BMR Calais-Pigeon, rue de Grosbois. Rencontre avec un témoin privilégié de l’histoire du quartier.

C’est derrière le comptoir de la boutique, avec des gallons de peinture en toile de fond, que Léo Vallières nous reçoit. Si c’est en 1966 qu’il commence son travail de commis à la quincaillerie, lui et sa famille sont débarqués dans Mercier-Est en 1958, raconte-t-il. « Mon père était cultivateur et possédait une terre dans les Cantons-de-l’Est. Comme ses enfants vieillissaient, il a préféré la vendre plutôt que de se retrouver seul à s’en occuper. Il a donc décidé de quitter la campagne pour s’installer en ville. »

Sa famille et lui s’installent donc dans Tétreaultville, un quartier que Léo Vallières n’a plus jamais quitté depuis. C’est d’ailleurs là qu’il a rencontré sa femme, avec qui il est toujours marié, 55 ans plus tard, et avec qui il a fondé une famille.

Quand il est débarqué à Montréal, Mercier-Est était peu développé. La ville prend peu à peu forme sous ses yeux. « Quand nous sommes arrivés, il y avait des champs jusqu’à Pierre-Bernard. Par contre, il y avait quand même une ligne de bus qui passait sur la rue des Ormeaux, et je me rappelle que le parc Thomas-Chapais était construit aussi. » Léo Vallières se souvient également qu’il a fallu attendre 1967 avant l’inauguration de l’église Saint-Justin. Depuis, la densification s’est poursuivie, notamment avec l’implantation récente du Faubourg Contrecœur.

Une occasion en or

Après avoir occupé de petits boulots chez l’épicier du coin, puis dans un atelier d’usinage à Oka, le fondateur de la quincaillerie, Normand Pigeon, l’invite à se joindre à son équipe. Une occasion en or. « Je n’aurais jamais pensé être encore ici, 50 ans plus tard. Mais en même temps, cela me permettait de me rapprocher de la maison et c’était un travail qui m’intéressait », explique Léo Vallières. Bricoleur dans l’âme, ce travail lui a beaucoup plu. « Ce n’est pas du tout monotone, car c’est un domaine qui change et qui évolue. On discute avec les clients, ce qui nous permet de partager avec les gens. » Un service personnalisé qui fait la différence entre la quincaillerie de quartier et la grande surface, croit-il. « On peut réellement discuter avec les clients pour comprendre leurs besoins et les aider à trouver ce qu’ils cherchent rapidement. »

D’ailleurs, plusieurs d’entre eux le connaissent, après ces longues années. « Parfois, ce sont leurs enfants qui viennent me voir. Ils me racontent qu’ils venaient à la quincaillerie avec leurs parents quand ils avaient cinq ans. Maintenant, c’est leur tour », explique l’employé. Certains tournent même les talons quand ils voient que Léo Vallières n’est pas en poste ce jour-là, ajoute Julie Martel, qui travaille avec lui depuis quatre mois. Ils préfèrent revenir un autre jour. « C’est une soie ce monsieur-là! Il donne de bons conseils et est vraiment facile d’accès », lance-t-elle, alors qu’il est justement occupé à répondre à un client, au téléphone.

Même s’il connaît son domaine sur le bout de ses doigts, Léo Vallières demeure très humble par rapport à son expérience. S’il est bien prêt à donner un coup de pouce, il n’a pas du tout envie de jouer les « je-sais-tout » devant les autres employés. « Mais si un jeune veut apprendre, je suis bien content de l’aider, sans m’imposer. Parce qu’en même temps, je ne serai pas toujours là. Il faut donc que le savoir se perpétue. »

Même s’il ne travaille plus qu’un jour ou deux par semaine, pas question pour Léo Vallières de prendre sa retraite de la quincaillerie pour le moment. « En plus de m’occuper et de me maintenir en forme, l’équipe forme une grande famille. Il a beaucoup de respect entre nous, autant entre collègues qu’avec les patrons, si bien que je n’arrive jamais de reculons. On dirait qu’on a un destin et que les choses se placent en conséquence », conclut-il, philosophe.

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