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On emménage au nouvel asile Saint-Jean-de-Dieu (2 de 2)

Histoire
« Plan d'ensemble des édifices Saint-Jean-de-Dieu, qui existe actuellement et où on transporte en ce moment les aliénés. » (source: journal La Patrie - BAnQ)
« Plan d’ensemble des édifices Saint-Jean-de-Dieu, qui existe actuellement et où on transporte en ce moment les aliénés. » (source: journal La Patrie – BAnQ)

Le 13 avril 1901, la une du journal La Patrie est consacrée à l’emménagement des patients ainsi qu’à l’aménagement du nouvel asile Saint-Jean-de-Dieu, reconstruit après la tragédie du 6 mai 1890 qui détruit le complexe dans un brasier ardent.

Voici la suite du premier extrait publié dans le journal que j’ai déniché à la Bibliothèque et archives nationales du Québec :

Les plans adoptés pour les malades comprennent une série de pavillons isolés, mais reliés entre eux par un corridor de 28 pieds de largeur. Ces pavillons sont au nombre de 24 exactement, semblable entres en eux et réparties, en nombre égal, de chaque côté du corps principal. Douze sont affectés au service des hommes et douze à celui des femmes.

Ils sont construits en pierre solide et mesurent chacun 50×50. Ils n’ont que deux étages, un rez-de-chaussée et sont reliés entre eux par d’immenses corridors de mille pieds de longueur. Chacun de ces corridors est muni d’un tramway, affecté aux différents services.

De plus, ces corridors sont clos, à chaque pavillon, par des portes doublées d’une armature en fer, permettant de les isoler en cas d’incendie. La partie la plus intéressante à visiter, pour les connaisseurs, est certainement la chambre des bouilloires et de l’électricité.

On a adopté, pour le chauffage, un système à vapeur à haute et à basse pression, alimentée par 8 chaudières du type McGibbon. Ce système permet d’obtenir, sans déperdition, une grande chaleur et permet une économie sérieuse de combustible.

On a constaté que 3 ou 4 livres de chaleur suffisaient pour le service de chaque pavillon même dans les plus grands froids. La question de l’eau n’est pas la moins importante. Il en faut, en grande quantité, partout et toujours.

(source: journal La Patrie - BAnQ)

(source : journal La Patrie – BAnQ)

On a adopté le système de la pompe aspirante et foulante. C’est une machine d’une capacité de 50 chevaux-vapeur, installée sur les bords du fleuve, remplie de grands réservoirs pouvant contenir 100 000 gallons que dix canaux conduisent à un grand réservoir placé dans une superbe tour de 145 pieds de hauteur. Ce réservoir distribue l’eau dans tous les pavillons.

Il y a deux sortes d’eau pour les besoins de l’asile; l’une qui vient du fleuve Saint-Laurent et l’autre, l’eau potable est obtenue d’une source située près du bosquet, à 2 500 pieds de l’asile. Cette source fournit une eau d’une qualité infiniment supérieure à celle du Saint-Laurent.

L’électricité est fournie par deux dynamos d’une capacité de 85 Kilowatts et 125 volts. Il y a 50 téléphones, 10 moteurs pour les ascenseurs, 11 moteurs pour les ventilateurs, 110 coupe-circuits, 76 sonneries, 53 horloges électriques, 196 stations pour le service des gardiens de nuit, 2 200 lampes et 1 476 interrupteurs.

Il serait superflu de parler de la condition hygiénique du nouvel asile. Cependant sur ce point comme sur tous les autres, les statistiques ne manqueront pas d’intéresser le lecteur.

Le système de ventilation fournit 3, 600 000 pieds cubes d’air. La loi en exige pour chaque patient 625 si on divise le chiffre de 3 600 000 par 1,500 on obtient donc 19 000, soit douze cents pieds cubes de plus que le requiert la loi.

La ventilation se fait au moyen d’appareils électriques par deux bouches d’air placées dans chaque chambre; l’une reçoit l’air froid et l’autre l’air est chauffé avant d’entrer dans les chambres, ce qui vaut infiniment mieux que l’air tel qu’il vient du dehors.

Il ne nous reste plus qu’à parler des précautions prises pour éviter et combattre effectivement les incendies. En outre des coupe-feu dont il a été question plus haut, on trouve ça et là dans tous les corridors des boyaux munis de lances; en outre, il y a dans les cours et à l’extérieur des pavillons des prises d’eau sur lesquelles on peut en un instant, fixer des boyaux qui ont une grande puissance. Il y a 14 bornes-fontaines à l’intérieur des pavillons et 43 à l’extérieur.

Le pavillon de la cuisine et celui des machines sont les seuls à l’épreuve du feu; mais en cas d’alerte, tous les pavillons des malades peuvent être isolés les uns des autres.

Les pavillons déjà construits ne constituent qu’une partie des plans adoptés, ainsi qu’on va le voir. Il reste encore à construire une église pouvant contenir 3 000 personnes, le pavillon d’administration de 300 pieds de longueur à 6 étages, deux infirmeries de 250 pieds de longueur et à trois étages et 4 pavillons pour les pensionnaires privés formant une longueur totale de 250 pieds.

Ces diverses constructions seront les plus élégantes et formeront la façade de l’asile. Jusqu’à présent on a dépensé une somme totale de 1 200 000 $. Tous les travaux ont été faits à la journée, les seuls contrats accordés sont les suivants : Pierre, Amyot et Lemay; brique, Ovila Charpentier; enduits; T. Riopelle; électricité, M. Rousseau et couverture en gravois, M. Lauzon.

Il n’y a encore rien de décidé à propos des anciens pavillons, cependant, il est probable qu’ils seront conservés dans leur état actuel. On réalise les immenses services qu’ils pourraient rendre au public dans le cas de maladies épidémiques.

Quant au pavillon central qui est de construction récente, il sera affecté au service des pensionnaires privés.  

La révérende Sœur St-Charles qui a présidé à la construction du nouvel asile est partie pour la Colombie anglaise où elle surveillera d’autres travaux de construction de sa communauté. Au cours de cet article, nous avons mentionné, le nom de M. Hippolyte Bergeron, l’architecte du nouvel asile.

Bergeron est un fils de ses œuvres dans le sens le plus large du mot. Fils d’un modeste menuisier, menuisier lui-même. Il a su par son travail persévérant, sa bonne conduite, son bon goût naturel et ses immenses qualités de musicien, s’élever a la haute position qu’il occupe aujourd’hui.

Après avoir été pendant au-delà de 20 ans au service de l’administration de l’asile de la Longue-Pointe, en qualité de menuisier, il a réussi à faire partie de l’association des architectes qu’il honore aujourd’hui par l’immense succès qu’il a remporté dans la construction de cet asile. M. Bergeron a déjà construit l’hospice Gamelin de la rue Fullum et le pavillon central de l’ancien asile.

C’est encore un jeune homme; l’avenir, nous l’espérons, lui réserve de nouveaux succès. Les détails de cet article nous ont été fournis pas M. Lacas, un jeune architecte de talent, associé de M. Bergeron et auquel l’avenir sourit de la façon la plus encourageante.

Ferme de St-Jean de Dieu

Photo d'un auteur inconnu. Rue Notre-Dame à la Longue-Pointe. Vue du fleuve St-Laurent.

Photo d’un auteur inconnu. Rue Notre-Dame à la Longue-Pointe. Vue du fleuve Saint-Laurent.

Vers 1900, le domaine de Saint-Jean-de-Dieu s’étendait au nord, jusqu’aux limites de la paroisse de St-Léonard de port Maurice. Cette ferme avait 750 arpents en culture, 74 vaches, 36 chevaux qui assuraient le transport vers Montréal, des granges, étables, silos, écuries, des ateliers de tissage pour vêtir les malades, une buanderie, un abattoir, etc. Au premier plan, les champs de culture entre le fleuve et la rue Notre-Dame.

À lire également : On emménage au nouvel asile Saint-Jean-de-Dieu (1 de 2)

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