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Les citoyens désirent une «vraie consultation»

Élus, Environnement
Quelque 200 personnes se sont rendues à la consultation du 28 janvier dernier sur la Cité de la logistique. (photo : Anne-Marie Tremblay)
Quelque 200 personnes se sont rendues à la consultation du 28 janvier dernier sur la Cité de la logistique. (photo : Anne-Marie Tremblay)

Plusieurs citoyens sont inquiets face au projet de Cité de la logistique qui devrait voir le jour sur d’immenses terrains industriels laissés en friche situés entre Hochelaga-Maisonneuve et Mercier-Est et ont réclamé une consultation plus approfondie que celle qui s’est déroulée le 28 janvier dernier.

Près de 200 personnes s’étaient déplacées pour en apprendre plus sur la future Cité de la logistique. Au total, ce sont 10 millions de pieds carrés de terrains vacants qui sont visés, entre l’avenue Souligny et le Port de Montréal, l’autoroute 25 et les résidences du quartier Hochelaga-Maisonneuve. À cause de sa proximité avec le réseau ferroviaire, fluvial et autoroutier, ce secteur a été ciblé pour « attirer des entreprises qui créeront de nouveaux emplois dans des domaines économiques d’avenir comme la logistique et le transport des marchandises, ainsi que dans le secteur manufacturier (…) », pouvait-on lire dans le cahier du participant.

Autrement dit, si aucun projet concret n’est actuellement sur la table, les grandes orientations pour moderniser ce secteur sont déjà établies. « Nous avons identifié que les entreprises intermédiaires seraient les plus intéressantes, compte tenu du contexte. Ces entreprises touchent des domaines comme l’assemblage des marchandises, l’entreposage, un centre de distribution, la gestion spécialisée des marchandises, la manutention et le conditionnement des marchandises », a expliqué Marc Beauchamps, vice-président associé chez CAI Global dans une courte présentation économique. Au total, on estime que le pôle pourrait créer entre 2500 et 3600 emplois.

Des citoyens restés sur leur faim

Suite à cette présentation, plusieurs citoyens se sont succédé au micro pour faire part de leurs inquiétudes face à ce projet d’envergure, dont un bon nombre provenant de Mercier-Est. Raymond Moquin, président du Collectif en environnement Mercier-Est a souligné sa déception face à l’exercice proposé qui s’apparentait plus, selon lui, à un « dîner-causerie qu’à une réelle consultation en bonne et due forme. » L’exercice était trop express pour susciter une réelle réflexion, estime-t-il, à l’instar de plusieurs autres citoyens qui ont critiqué le processus.

Même son de cloche de la part de Daniel Chartier, citoyen de Mercier-Est. Si la Ville avait prévu une courte présentation qui abordait les questions économiques, historiques et réglementaires du projet, rien en ce qui a trait au volet social ou environnemental d’un tel développement. « Pour qu’un projet d’une telle envergure s’intègre harmonieusement, il faut prendre en compte tous les éléments, que ce soit l’environnement, les transports en commun, le type d’emplois créés, la façon dont on intègre le tout, le lien entre les quartiers, etc. Et il faut avoir le temps d’y réfléchir », explique-t-il.

Plusieurs ont demandé des études d’impacts sur la pollution, le bruit, la poussière, etc. Mais ils n’ont pas eu de réponse. « C’est vrai qu’il n’y a pas de projet comme tel, mais il y avait dans la salle plusieurs intervenants comme le Port de Montréal ou le CN qui ont certainement une vision du développement d’un pôle logistique et qui auraient pu répondre aux questions des citoyens. Mais ils n’ont pas pris la parole », déplore Laurence Lavigne Lalonde.

Fait à noter : l’élue de Projet Montréal et le Maire Ménard ne s’entendent pas sur ce dossier, ce qui suscite de vifs débats. La conseillère de Maisonneuve-Longue-Pointe appuie d’ailleurs le mouvement de citoyens  qui réclame une consultation plus approfondie sur le développement de ce secteur. Pour ce faire, ils ont déposé une demande en vertu du Droit d’initiative en matière de consultation publique et ont jusqu’au 20 mars pour récolter 5000 noms.

Peu de concret

Avec des présentations si peu de concrètes, il devenait difficile pour les citoyens de se faire une idée juste des enjeux et de proposer des idées concrètes dans les ateliers prévus à cet effet, en après-midi, ajoute Laurence Lavigne Lalonde. « De plus, cela donnait l’impression que l’arrondissement ne sait pas où il s’en va. » La conseillère dénonce aussi le fait qu’à la toute fin, le maire Réal Ménard a indiqué qu’un PIIA (plan d’implantation et d’intégration architecturale) était déjà prêt.

Déjà méfiants face au processus, plusieurs citoyens ont vraiment eu l’impression que l’exercice était factice, affirme l’élue. « Le maire disait qu’il fallait aller vite pour adopter ce règlement, mais en même temps qu’il n’y a pas de projet de déposé. En lançant cela à la fin de la rencontre, avec le règlement en main, c’était presque insultant pour les citoyens. Ça enlevait toute légitimité au processus. »

Un règlement pour encadrer

En effet, en clôture de la journée, Réal Ménard a expliqué que l’arrondissement avait en main un projet de règlement pour encadrer les différents projets qui s’installeront sur les terrains alloués à la Cité de la logistique et que les commentaires recueillis durant la journée permettraient de le bonifier. Celui-ci fera l’objet d’un avis de motion dès la prochaine séance du conseil d’arrondissement, prévue le 7 février.

Selon lui, il faut agir rapidement pour encadrer d’éventuels projets déposés par les prometteurs, comme Ray-Mont Logistiques. Si cette entreprise, propriétaire d’un terrain situé près de la rue Dickson, n’a encore rien déposé officiellement, elle est prête à aller de l’avant et attend l’adoption de cette réglementation pour le faire, indique-t-on à l’arrondissement.

Ce n’est pas la seule fois qu’il sera possible de discuter ce projet, a toutefois précisé le maire. « Des occasions de se revoir, il va y en avoir des dizaines. Mais il y a une chose qui est certaine, c’est qu’on ne peut pas, dans la même phrase, dire à l’arrondissement qu’on doit planifier et ne pas nous permettre de passer à l’action. Il faut fixer les règles du jeu. » Le maire Ménard a aussi laissé entendre qu’il serait possible pour les citoyens de se prononcer sur le contenu de ce nouveau règlement lors d’une autre consultation à ce sujet, en mars. Il a aussi invité les participants à réfléchir à l’idée de créer des comités permettant le dialogue entre les différents acteurs sur ce dossier.

 

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