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Mon oncle Gilles

Vie de quartier
L’oncle Gilles, représentant chez Molson. (photo : gracieuseté d’Éric Côté)
L’oncle Gilles, représentant chez Molson. (photo : gracieuseté d’Éric Côté)

Nous sommes en mars 1985, j’ai 13 ans. Mon oncle Gilles était représentant Molson depuis une centaine d’années. Du moins, j’en avais l’impression.

On ne pouvait pas le manquer, dans les moindres racoins de Rimouski, avec son majestueux camion Laurentide. À cause de lui et son frère, qui était livreur aussi pour la célèbre brasserie, la famille du bord de ma mère, les Labbé, était tatouée Molson de partout. Et qui dit Molson dit aussi fier partisan des Canadiens de Montréal. Alors que la famille de mon père, beaucoup moins riche, était O’Keefe, par conséquent pour les Nordiques de Québec. Ce qui fait que je me suis retrouvé très jeune dans une guerre de bières, sans jamais avoir osé imaginer en boire un jour. Moi, dans tout ça, j’avais un penchant pour le club de la vielle capitale, mais j’étais aussi dans le fan-club des habs, par respect pour ma famille Labbé. 

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S’il y’a un souvenir qui va toujours me faire sourire, c’est celui où mon oncle Gilles a voulu me faire un cadeau. Ce n’est pas Michel, mon tonton Chevalier O’Keefe, qui aurait fait ça. Non lui, je vais toujours le détester pour l’avoir vu gifler ma mère, sans que je sache pourquoi, dans un party un soir. Nous étions chez Jean-Guy Gendron, le plus gros magasin de sport de la région. Mon oncle avait son gros portefeuille du CH dans les mains, prêt à m’acheter n’importe quoi pour me faire plaisir. Des hockeys, des ballons de Football, des souliers de course, des palmes de plongée sous-marine, etc. Gilles courait tellement partout dans le magasin, que le p’tit commis est resté assis à le regarder faire sa job.

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Je savais déjà en arrivant ce que je voulais, mais je n’osais pas le dire. Y’a vraiment juste le chandail des Nordiques qui m’intéressait. Bon, un manteau des Expos aurait peut-être pu me faire plaisir, mais j’étais encore fâché contre eux à cause de l’échange de Gary Carter. Finalement, étourdi de voir mon oncle rebondir sur toutes les étagères comme une boule de flipper, j’ai fini par montrer le beau chandail fleurdelisé. « Oh non Éric, je ne peux vraiment pas t’acheter ça! Tu peux me demander n’importe quoi, mais pas un maudit chandail des jaunes de Québec. » C’est comme ça qu’ils les appelaient. Habituellement, j’aurais fini par plier et j’aurais pris un truc de Mats Naslund, juste pour lui faire plaisir, mais j’y tenais à mon gilet. Mon oncle Gilles a vraiment tout essayé, mais vraiment tout. À la fin, il était même prêt à m’acheter un vélo de six cents piasses. Mais non, y’avait rien pour me faire changer d’idée. Dans un geste de dégout extrême, il a fini par saisir le « torchon » et se précipita comme une fusée a la caisse pour qu’on déguerpisse au plus vite.

Moi, à cette époque. (photo : Gracieuseté d'Éric Côté)

Moi, à cette époque. (photo : gracieuseté d’Éric Côté)

C’est drôle parce que quatre ans plus tard, Molson et O’Keefe ont fusionné. Les sataniques Nordiques sont soudainement devenus des petits cousins pour mon oncle Gilles. Pis au cas où voudriez savoir, j’ai toujours le chandail, même si ça fait 25 ans que j’entre pu dedans. 

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