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Monsieur Magella

Vie de quartier
Monsieur Magella et sa fille Julie. (photo : gracieuseté d'Éric Côté)
Monsieur Magella et sa fille Julie. (photo : gracieuseté d’Éric Côté)

Même si j’adorais mon père, y’a pas un kid de mon quartier qui n’aurait pas échangé son paternel pour Monsieur Magella.

Si on oublie les minutes que je dormais dans mon lit de l’homme de six millions, j’ai surement passé plus de temps chez lui, au début des années 80, que chez moi. Je vous arrête tout de suite, allez pas penser à quelque chose de suspect là-dedans. Monsieur Magella, en plus d’être un entertainer formidable, était la personne la plus respectueuse du quartier Saint-Robert. C’est fou comme il avait le don de voir le bon dans chacun d’entre nous. Chose plutôt imperceptible chez une couple de mes amis trop turbulents.

Monsieur Magella, était depuis peu, directeur d’une École de rang aux alentours de Rimouski. Avant, il avait été mon professeur d’éducation physique en première année. Quoique son nouveau boulot était très demandant, il jouait au hockey et au baseball, sept jours sur sept, devant sa maison avec tous ceux qui voulaient. Je ne sais pas s’il s’en rendait compte, mais il donnait un maudit gros break à pas mal de parents, les miens compris. Les enfants de Monsieur Dubé, parce qu’il avait aussi un nom de famille, étaient bien gentils, mais finissaient souvent par être un peu jaloux du temps qu’il donnait aussi généreusement aux autres. Ils jouaient avec nous eux aussi, mais nous étions trop jeunes pour comprendre qu’ils auraient aimé être seuls avec leur père de temps en temps. Tout était parfait, sauf qu’il y’a une affaire qui a fini par me chicoter pas mal fort.

16_50printad1978-1Peut-être que j’étais pointilleux, mais je trouvais que la consommation de bière de Monsieur Magella semblait tout à fait hors-norme. Il était à des années-lumière de papa, mes oncles ou mes cousins plus vieux. Premièrement, il buvait quelque chose d’étrange, de la Labatt 50. Et si ça n’avait été que ça. C’était de la science-fiction par rapport à ce que je voyais, il pouvait boire une simple petite bouteille dans l’espace d’une semaine. Rangeant sa bière au frigo à chaque fois sous un énorme bouchon. Fait que dans les grosses journées torrides d’été, il s’enfilait un gros, deux ou trois gorgés. Rien de moins… J’en étais arrivé à la théorie que la Labatt 50 devait être une bière tellement forte, que c’était impossible de la boire autrement qu’à petites doses. Bon, ça prit cinq secondes à mon père pour défaire mon argumentation. « Est pas plus forte que les autres. C’est juste qu’elle goute la pisse. » Fâchez-vous pas les hipsters, la 50 est une de mes préférés maintenant.

C’est drôle, je me souviens encore entendre ma mère me dire en mangeant une de mes premières poutines à vie : « Tu es encore jeune mon beau Éric. Je suis certaine que tu vas rencontrer plein de gens dans ta vie qui ont exactement la même habitude que lui. » Plus de trente ans ont passé, j’ai vu bien des bières couler dans la bouche de milliers de personnes fort sympathiques, mais Monsieur Magella reste encore un cas unique. Autant par sa gentillesse, que pour son « excentrique » absorption d’alcool.

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