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Attentats de Québec : des citoyens du quartier témoignent

Vie de quartier
Des milliers de personnes se sont réunies lors de la vigile pour souligner l'attentat à la grande mosquée de Québec. Un événement qui a touché toute la communauté. (photo Hugo Saint-Laurent, Vigile de solidarité avec les musulman-es de Québec, Montréal)
Des milliers de personnes se sont réunies lors de la vigile pour souligner l’attentat à la grande mosquée de Québec. Un événement qui a touché toute la communauté. (photo Hugo Saint-Laurent, Vigile de solidarité avec les musulman-es de Québec, Montréal)

L’attentat qui s’est déroulé à la grande mosquée du Québec a ébranlé toute la communauté. Témoignages de deux citoyens qui vivent dans Mercier-Est ou tout près.

Abes Mokrane a été particulièrement ému par la réaction des gens, suite à l’attentat qui a coûté la vie à six personnes. Propriétaire de la boucherie Chaumont, spécialisée dans la viande halal, il a reçu plusieurs témoignages de citoyens, touchés par l’événement. « Plusieurs personnes entraient pour nous offrir leurs sympathies et leur soutien. Des clients, des voisins, mais aussi des gens que je ne connaissais pas. Ça m’a beaucoup touché. »

Un acte isolé, espère cet Algérien de confession musulmane, qui l’a tout de même ébranlé. En effet, même si dans le contexte mondial, on voit une montée de la violence, il n’imaginait pas que cela arriverait ici. « Si je me fie à mon expérience, je pense que c’est un acte isolé, car j’ai toujours été bien accueilli depuis que je suis au Québec. Mais le contexte mondial change tellement que ça semble se généraliser. »

« Honnêtement, tout ce qui porte atteinte à la vie humaine, de tous les côtés, est inacceptable », ajoute celui qui a quitté son pays natal pour offrir un avenir meilleur à sa fille. Arrivé au Québec en 2006, M. Mokrane a ouvert sa boutique il y a deux ans. Depuis, il n’a jamais senti d’intolérance ou de racisme, affirme-t-il. Au contraire. « C’est une boucherie de quartier, et non une grande surface, si bien que cela crée des liens. Les gens viennent, on discute, on partage et on apprend à découvrir l’autre. J’ai des clients de toutes les nationalités, de toutes les couleurs et de toutes les religions. »

Il faut dire que la nourriture permet d’ouvrir des portes et de créer un premier contact entre les gens de différentes origines. En entrant dans sa boucherie, les clients peuvent découvrir une petite partie de sa culture, du moins culinaire. Et, au fil des rencontres, des découvertes de produits et des recettes partagées, les dialogues se tissent. « Je pars du principe que toutes les religions se valent. La base de tout, c’est la tolérance, le fait de ne pas avoir de préjugés, d’être respectueux et d’apprendre à connaître l’autre. » Et la clé, pour éviter l’intolérance, c’est l’éducation et la découverte de l’autre, estime-t-il.

Un climat tendu depuis quelques années

Arrivée au Québec en 2001 pour étudier, Laila Aouad a été surprise qu’un tel geste de violence puisse se produire ici. « On entend parler d’attentats partout à travers le monde. Mais que ça se soit passé dans un endroit sécuritaire comme le Québec, c’est un choc. Le fait qu’on ait ciblé des musulmans me fait peur aussi. Surtout que cela s’est produit dans une maison de dieu qui, que ce soit une mosquée, une église ou une synagogue, est censé être un lieu sécuritaire. »

Si l’événement, qui a fait six morts et plusieurs blessés, a surpris la Marocaine d’origine, elle avait remarqué que le climat s’était dégradé depuis le débat sur les accommodements raisonnables et, plus tard, sur la charte des valeurs. « Depuis, il m’est déjà arrivé de me faire insulter sur la rue, au supermarché ou même à l’école. Par exemple, certains me disent de retourner chez moi, que nous ne sommes pas les bienvenus. » Des remarques blessantes qui font qu’elle ne se sent plus aussi en sécurité quand elle sort de la maison.

Si elle est bien persuadée qu’il s’agit d’exceptions, elle vit cette pression au quotidien. À tel point qu’elle évite de prendre le métro. « Il s’agit vraiment d’une minorité de gens qui sont très racistes et méprisants envers les musulmans, parce que la majorité des Québécois se montrent ouverts et respectueux. » Par exemple, certaines personnes l’arrêtent pour lui poser des questions sur la langue, sur son hijab, etc. Une envie de comprendre qui lui fait plaisir. « Je me rappelle aussi d’une femme rencontrée dans un cours d’autodéfense qui m’a pris dans ses bras pour s’excuser de l’attitude de certains Québécois envers la communauté musulmane. »

Pour Laila Aouad, quand on pose un geste de violence, c’est souvent un signe de méconnaissance de la réalité. « Certains médias montrent une image erronée de l’Islam. Par exemple, j’ai rencontré des Québécois qui m’ont raconté que, avant de m’avoir connue, il n’avait pas compris ce qu’était la religion musulmane. » Contrairement à certaines idées véhiculées, elle peut travailler, conduire, sortir seule, etc.

Cette maman de trois enfants, qui réside dans Mercier-Est depuis une dizaine d’années, plaide donc pour une plus grande ouverture, d’abord de la part des médias, mais aussi de la communauté musulmane. Les funérailles organisées aujourd’hui et ouvertes à tous sont un exemple de rapprochement qui permet le dialogue. « Je pense que ce serait intéressant que les grandes mosquées ouvrent parfois leurs portes à tout le monde, organisent des conférences, etc. » Les médias québécois devraient aussi tenter de montrer plus souvent le point de vue des musulmans et non seulement de quelques individus, parfois radicaux, qui ne représentent pas l’opinion de tous.

Laila Aouad a aussi discuté de la situation avec ses voisines, à la veille de l’entrevue avec le Journal de Mercier-Est. « Nous voulions offrir toutes nos condoléances aux familles des victimes, mais aussi à celle d’Alexandre Bissonnette. On pense aussi à la famille de ce jeune, parce qu’ils ne sont pas responsables de ses actions. C’est un acte isolé, commis par une seule personne. C’est lui qui est responsable à 100 % de ce qu’il a fait et on ne voudrait surtout pas jeter la pierre et mettre tous les Québécois dans le même bateau. D’autant que nous sommes nous aussi Québécois. » Et elle espère surtout que ce triste événement permettra de marquer un tournant dans la relation entre tous les Québécois, et ce, peu importe leur religion.

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