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Du talent à revendre!

Culture, Vie de quartier
Suzanne Lalumière crée des toiles tout en détails, malgré sa mal-voyance. (photo : Anne-Marie Tremblay)
Suzanne Lalumière crée des toiles tout en détails, malgré sa mal-voyance. (photo : Anne-Marie Tremblay)

Malgré sa déficience visuelle, Suzanne Lalumière n’a jamais voulu délaisser sa passion : l’art. La peintre fait d’ailleurs partie de la cinquantaine d’artistes à découvrir lors de l’exposition Une symphonie de talents présentée jusqu’au 7 mai à la Maison de la culture Mercier.

Atteinte de rétinite pigmentaire, une maladie dégénérative, Suzanne Lalumière n’a « qu’un seul degré de vision ».  L’artiste, rencontrée en marge du vernissage de l’exposition, qui s’est déroulée le 21 avril dernier, continue malgré tout d’utiliser encre et acrylique pour créer des toiles qui se composent d’une dentelle de détails, comme elle le dit elle-même.

Un travail de moine effectué à l’aide de ce qu’on pourrait qualifier de loupe électronique. En effet, pour peindre, Suzanne Lalumière utilise un appareil qui agrandit l’image 28 fois et qui la projette sur un écran de 20 pouces.

« Je pars de photos de cimes d’arbres que j’agrandis. J’en prends une partie que je transpose sur ma toile, de façon abstraite. Ensuite, j’ajoute des lettres, des mots », décrit celle qui réside dans le quartier depuis 25 ans. L’observateur attentif pourra aussi apercevoir de petits animaux, une paire d’yeux ou des personnages camouflés dans la toile, « parce que le paysage ne peut exister sans le regard de l’homme. »

De tous petits détails qui composent un ensemble, s’inspirant du pointillisme, une technique développée par les impressionnistes, explique Suzanne Lalumière, qui détient un certificat en arts plastiques en plus d’être bachelière en histoire de l’art. Certaines toiles lui prennent jusqu’à un mois à être complétées, estime-t-elle. Mais l’effort en vaut le coup. « Tout le monde a besoin de laisser sa marque. Ma façon a moi, c’est de créer des paysages lettrés ou d’écrire des paysages. »

Art amateur, cadre professionnel

Participer à Une symphonie de talents constitue donc une occasion unique pour cette artiste-peintre de faire connaître son travail en dehors de sa famille immédiate. D’ailleurs, pendant notre entrevue, plusieurs sont venus la féliciter et lui dire combien ils aimaient son travail. « Le fait de voir le travail des autres est aussi très inspirant », ajoute-t-elle. Pour nourrir sa créativité, Suzanne Lalumière fréquente aussi les musées régulièrement. Elle s’est notamment rendue deux fois à l’exposition Chagall, au musée des Beaux-arts, lors de visites guidées pour personnes souffrant d’un handicap visuel.

Mais c’est surtout le fait de voir ses œuvres exposées comme dans une galerie d’art qu’apprécie Suzanne Lalumière. C’est d’ailleurs pour offrir ce support professionnel que la Maison de la culture organise ce genre d’exposition depuis plus de 20 ans déjà, explique Julie Gauthier, agente culturelle. Si la forme a changé avec le temps, l’idée est restée la même : permettre aux amateurs de présenter leur travail dans un environnement professionnel. De plus, la grande majorité des tableaux est à vendre par les artistes. « Nous ne faisons pas de sélection comme telle, laissant ainsi la chance au plus grand nombre de participer. Mais c’est notre équipe qui s’occupe de l’installation, de la préparation de l’exposition, etc. »

C’est également une façon de briser l’isolement pour certains, qui ont besoin de sortir de leur atelier pour rencontrer d’autres gens qui proviennent en grande majorité du quartier. D’ailleurs, la salle était remplie de visiteur venu découvrir les quelque 135 œuvres installés, par thématique, allant de l’art naïf jusqu’aux toiles d’inspiration abstraite.  « C’est vraiment une façon d’ouvrir nos portes à tous, car c’est leur Maison de la culture », conclut Julie Gauthier.

En bref
Une symphonie de talents
Exposition gratuite présentée jusqu’au 7 mai
Maison de la culture Mercier
8105, rue Hochelaga
(514) 872-8755

 

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