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L’intimidation entre aînés : il faut y voir

Vie de quartier
Les aînés ont participé à un théâtre d'intervention, un des moyens utilisé pour les sensibiliser à l'intimidation. (photo : courtoisie Chez-Nous de Mercier-Est)
Les aînés ont participé à un théâtre d’intervention, un des moyens utilisé pour les sensibiliser à l’intimidation. (photo : courtoisie Chez-Nous de Mercier-Est)

« Retourne dans ta niche. » « Mêle-toi donc de tes affaires. » « Tasse-toi, c’est ma place. » On a beaucoup parlé d’intimidation chez les jeunes. Mais qu’en est-il entre les aînés? Un phénomène encore trop peu étudié, sur lequel s’est penché l’équipe du Chez-Nous de Mercier-Est.

Tout a commencé aux habitations Pierre-Bernard, rue Sherbrooke. Depuis 10 ans, deux factions s’affrontaient pour avoir la main mise sur la salle communautaire, raconte Léo Fortin, directeur général du Chez-Nous de Mercier-Est. « Dans un HLM, c’est le seul endroit où les gens peuvent se réunir et c’est géré par le comité de locataires. »

L’organisme qui y offre un volet intervention a donc décidé de s’attaquer de front au problème. Les intervenants ont fermé la salle et pris en charge son organisation. De concert avec d’autres organismes, comme les policiers et Tandem Montréal, les intervenants du Chez-Nous ont fait du porte-à-porte. En plus de sensibiliser les résidants de l’immeuble pour les aider à identifier et dénoncer toute forme d’intimidation, ils ont créé un code de vie qu’il fallait s’engager à suivre pour entrer dans la salle communautaire.

Plus fréquent qu’on le pense

Si tout est rentré dans l’ordre aux habitations Pierre-Bernard, cela a permis à l’équipe d’ouvrir les yeux sur un phénomène beaucoup plus répandu qu’il n’y paraît : l’intimidation entre aînés. « Nous avons réalisé que cela existait aussi au Chez-Nous, mais de manière plus subtile, car il s’agit souvent d’un mot, d’un regard, ou d’un petit geste qui passent inaperçus », raconte Léo Fortin.

Pour contrer ce phénomène, les intervenants ont donc organisé, au cours de la dernière année, plusieurs activités pour sensibiliser membres et bénévoles à cette réalité. Entre autres, une quarantaine d’entre eux ont reçu une formation offerte par le Service de police de Montréal (SPVM), Tandem-Montréal, le groupe de recherche universitaire Someone et Tel-Aînés. L’objectif? Prévenir, reconnaître et agir quand ils voient de gestes d’intimidation.

« Parfois, les témoins ne savent pas quoi faire. Il suffit alors d’en parler aux intervenants », ajoute le directeur général. D’ailleurs, l’organisme a modifié son processus de plaintes pour le transformer en médiation. Dans la même veine, un dépliant ainsi qu’un théâtre-forum ont été organisés, en collaboration avec Mise au jeu, un organisme spécialisé dans ce type d’interventions. Parfois, la scène s’arrête, on demande aux gens dans la salle ce qu’ils en pensent, les gens deviennent eux-mêmes acteurs, histoire de donner un autre sens à ce qui s’est passé.

Une représentation de cette troupe était d’ailleurs à l’horaire, le 29 mars dernier, lors du forum « Contrer
l’intimidation entre les aînés » piloté par le Chez-Nous et qui a réuni une soixantaine de personnes, dont plusieurs représentants d’organismes. « La réponse a été très positive. Entre six et huit organismes nous ont signifié leur intérêt pour recevoir notre troupe de théâtre intervention chez eux », explique Léo Fortin. De plus, l’équipe du Chez-Nous a aussi été invitée à présenter sa démarche lors d’un événement régional sur le sujet qui se déroulera cet automne.

Malgré cela, ce n’est qu’un début pour cette intervention financée par le programme Nouveaux Horizons pour les aînés et qui se poursuivra encore toute l’année 2017-2018, notamment avec la formation des employés. « Nous sommes le seul centre communautaire de Mercier-Est pour les aînés et il faut se montrer bienveillant envers les autres. Surtout que la composition de notre quartier change », indique Léo Fortin. D’où l’importance de mettre en place des valeurs d’ouverture, d’inclusion et d’accueil pour tous, peu importe leur couleur, leur religion, leur orientation sexuelle ou leur statut social. « On prépare donc l’avenir avec ce projet », conclut le directeur général.

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