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Des immigrants s’évadent à la Longue-Pointe (2 de 7)

Histoire
L’article dans l’édition du 26 juillet 1904. (photo : capture d’écran du journal La Patrie, BAnQ)
L’article dans l’édition du 26 juillet 1904. (photo : capture d’écran du journal La Patrie, BAnQ)

En juillet 1904, 34 immigrants arrivés par bateau se voient interdire l’entrée au Canada, puisqu’ils sont atteints d’une maladie contagieuse.

Les hommes étaient renfermés dans les flancs du vapeur Lake Simcoe, de la Canadian Line Limited, une nouvelle compagnie de navigation. Ils ne passèrent pas l’examen médical une fois arrivé au Québec.

Alors qu’on pensait avoir un œil sur eux, les immigrants ont réussi à prendre la fuite du Palais de justice. Ils sont en cavale depuis.

Voici donc aujourd’hui le deuxième volet de cette série de sept histoires.

Y aurait-il une odieuse spéculation?

L’habeas corpus [NDRL qui stipule que personne ne peut être emprisonné sans jugement] émané à la demande d’Élias Tanous pour faire élargir 34 immigrants retenus à Montréal, à bord du Lake Simcoe, sur l’ordre d’un médecin de Québec, qui les a déclarés atteints de maladies contagieuses, révèlerait, dit-on, d’étranges choses. On sait que durant un ajournement samedi dernier, ces immigrants ont furtivement laissé la cour et se sont enfuis.

La cause d’abord fixée pour hier n’a été entendue que ce matin. Il s’agit de fixer la responsabilité de la fuite des immigrants. M. Jos. Walsh, représente le gouvernement, Mtre Meredith, C. R., représente le capitaine et les officiers du Lake Simcoe et Mtre Wilbrod Pagnuelo est l’avocat de M. Tanous.

Le premier témoin entendu a été M. J. Almansor Renaud, huissier, qui a signifié l’habeas corpus au capitaine Balls.

Renaud jure que samedi dernier, il a été chargé par Mtre W. Pagnuelo de signifier un bref d’habeas corpus au capitaine de Lake Simcoe, et en l’absence du capitaine, a signifié un bref au second; le capitaine est arrivé peu après, a pris communication du bref et leur a dit qu’il ne pouvait se rendre à la cour de suite, il a invité le témoin et trois Syriens qui l’accompagnait à diner avec lui. Après le diner, le commissaire Schmidt a pris charge des immigrants et tous ont pris le chemin de la cour. M. Renaud a téléphoné à M. Pagnuelo qui les a rencontrés en cour. Il a fait son rapport et est parti, considérant son devoir rempli.

Le témoin jure qu’il n’a pas offert au capitaine de prendre charge des immigrants, qu’il n’a pas parlé à ces derniers ni leur a rien fait suggérer. Il jure qu’il n’a rien dit pour faire croire aux officiers du Lake Simcoe qu’ils étaient déchargés de leur responsabilité.

Le capitaine William Balls, âgé de 45 ans, commandant du Lake Simcoe, et les autres officiers jurent qu’ils ont compris de l’huissier Renaud que le moment de la signification du bref d’habeas corpus, ils étaient déchargés de toute responsabilité et de l’obligation de leur cautionnement. La cour ajourne ensuite la cause à demain, à 10 h avant-midi.

Mais une nouvelle surprenante de criminelle spéculation nous parvient. On nous informe que les immigrants auraient eu une entrevue à Québec avec leurs amis de Montréal. Rendus à Montréal et conduits à la cour, ces amis auraient profité de la première chance pour entraîner ces gens avec eux. Du Palais de Justice, on les aurait conduits en voiture à une certaine maison de la rue Craig et de là dans une maison de la Longue-Pointe. On les aurait retenus là de force et on n’aurait consenti à les laisser en liberté que sur le paiement de somme variant de 25,00 $ à 50,00 $ chacun.

Hier, parait-il, il restait encore 6 immigrants à la Longue-Pointe, attendant un ami généreux pour payer leur liberté. Depuis, on dit que ces six séquestrés nouveau genre, auraient été transportés ailleurs, afin de dépister les recherches.

La cour va être incessamment saisie de l’affaire, dit-on, et des mesures rigoureuses s’en suivront.

À lire la semaine prochaine : Des immigrants s’évadent à la Longue-Pointe (3 de 7)

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