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Des immigrants s’évadent à la Longue-Pointe (3 de 7)

Histoire
L’article dans l’édition du 27 juillet 1904. (photo : capture d’écran du journal La Patrie, BAnQ)
L’article dans l’édition du 27 juillet 1904. (photo : capture d’écran du journal La Patrie, BAnQ)

En juillet 1904, 34 immigrants arrivés par bateau se voient interdire l’entrée au Canada, puisqu’ils sont atteints d’une maladie contagieuse.

Les hommes étaient renfermés dans les flancs du vapeur Lake Simcoe, de la Canadian Line Limited, une nouvelle compagnie de navigation. Ils ne passèrent pas l’examen médical une fois arrivé au Québec.

Alors qu’on pensait avoir un œil sur eux, les immigrants ont réussi à prendre la fuite du Palais de justice. Une enquête a été ouverte. On cherche à savoir à qui revient la faute.

Depuis leur fuite, huit des trente-quatre immigrants en cavale ont été retrouvés. Même si l’on parlait de personnes de différentes origines au départ, le Journal La Patrie s’est mis à identifier les fuyards comme étant des Syriens.

Voici le troisième volet de cette histoire :

Ce matin on a commencé l’enquête sur l’habeas corpus émané à la demande d’Élias Tanous pour faire remettre en liberté 34 immigrants détenus à bord du Lake Simcoe, qui a reçu cet ordre des inspecteurs du Département de l’immigration parce que ces immigrés étaient atteints de trachoma, réputée maladie contagieuse.

À l’ouverture de l’enquête, Me Holden, avocat des officiers du Lake Simcoe, a déclaré que des 34 fuyards, la compagnie en avait rattrapé huit qui étaient présents en cour, grâce aux efforts faits par le capitaine Balls et ses officiers.

W. Pagnuelo déclare que si ces huit immigrants sont en cour, c’est dû aux efforts du requérant Tanous et non à ceux du capitaine Balls. Le juge dit qu’il avait une déposition qui démontre comment on a procédé avec les évadés.

Me. Pagnuelo en réponse au juge nie les faits de cette déposition; il y a eu, dit-il, une souscription de 140,00 $ faite dans le but d’obtenir l’élargissement des Syriens au moyen de l’habeas corpus. Le juge conseille à l’avocat de ne pas montrer qu’il en savait aussi long sur l’affaire. M. Pagnuelo déclare que Tanous qui a donné cette déposition a été arrêté ce matin. On procède ensuite à l’examen des témoins.

Le Dr Peter Bryce, officier du département de l’intérieur, se charge d’examiner les immigrants et de les refuser, le cas échéant, déclare qu’il a fait l’examen des 34 immigrants, qu’ils étaient atteints de trachoma, que tous, mais un qu’il a déclaré incurable, pouvaient guérir dans un délai de 2 à 3 mois.

Pagnuelo ayant voulu demander au témoin si on ne l’avait pas approché de la part du Pacifique pour l’introduire à être sévère pour le Lake Simcoe, vu que le navire appartenait à une nouvelle compagnie de navigation, le docteur indigné, a demandé la protection de la cour qui ordonna de retirer la question.

Le Dr Alex Stuart, inspecteur d’immigration à Montréal, déclare qu’il a examiné les immigrants et qu’il a conclu à leur renvoi dans leurs pays. Le témoin dit qu’il n’est pas un expert, mais un inspecteur.

On demande au témoin d’examiner un des Syriens au hasard, il examine la vue d’un nommé Salvun, le déclare atteint du trachoma, guérissable dans un mois. La cour s’ajourne ensuite à deux heures cette après-midi.

Témoignage de M. Boulad – Les immigrés conduits à la Longue-Pointe (suite)

Sur la rumeur qu’une certaine spéculation avait eu lieu en rapport avec l’évasion des 34 immigrants du Lake Simcoe, l’honnorable juge Archibald a ordonné d’interroger un nommé K. Boulad, marchant au 1629, de la rue Notre-Dame. M. Boulad a été interrogé hier après-midi.

Il a déclaré et juré que les immigrants se sont évadés du Palais de Justice, samedi dernier, avec l’aide des courtiers Georges Houssan, Esper Kattini Malouf, Elias Tanous, Chekri Aboussamra et Antoine Abou Hanna.

De la cour, ces courtiers ont conduit les immigrés chez Georges Youbet, 637, rue Lagauchetière, ils ont passé l’après-midi et la soirée du samedi à cet endroit, puis ils ont été conduits à la Longue-Pointe, chez madame Bossé.

Le lendemain, on a fait courir les bruits en ville que les 34 immigrés étaient à la résidence des courtiers et qu’il fallait s’adresser à eux pour les avoir. Kahil Abraham, demeurait au 1467, de la rue Notre-Dame, est allé alors trouer M. Houssan et lui a dit qu’il y avait parmi les immigrants un nommé Weman Saloun et son cousin et qu’il voulait les avoir.

Houssan l’a renvoyé à Esper Kattini en lui déclarant qu’il ne verrait personne auparavant. Pour avoir ces deux immigrés, Abraham a dû payer 50,00 $ à Kattini. Il en a été ainsi des autres, dit M. Boulad.

Sur la demande d’un M. Petercouri, de Lovell, Mass., venu ici pour voir ces immigrés, il s’était rendu à la Longue-Pointe, conduit par un nommé Kogina. Il a vu là huit Syriens, qui lui ont déclaré avoir été conduits là par Élias Tanous et Antoine Hanna.

Le témoin est allé trouver son avocat, M. Barnard, qui lui a préparé une entrevue avec M. Wilbrod Pagnuelo. Du résultat de cette entrevue on a convenu d’un rendez-vous devant le Palais de Justice pour remettre les deux Syriens réclamés par Patercouri.

Le témoin s’est rendu au rendez-vous. M. Pagnuelo, M. Barnard, Elias Tanous et les deux immigrés y étaient. Ces derniers ont été arrêtés par les officiers du Lake Simcoe, alors qu’ils attendaient M. Patercouri, qui devait les prendre en consignation.

Le témoin exonère l’huissier Renaud de tout blâme. M. Koulad déclare que tous les Syriens, moins huit, ont eu leur liberté, sur paiement exigé par les courtiers. Il termine son témoignage en disant que M. Soliman Hadad, Assud Hadad, Alexandre Saad et Kabil Abraham ont payé pour mettre des Syriens en liberté.

Complot

Des 32 Syriens qui se sont échappés de la Cour de Pratique lundi, huit ont été retrouvés à la Longue-Pointe par les officiers du département de l’immigration, avec l’aide des détectives Riopel, McCabe et Laberge.

Ils furent amenés au poste de police central et transférés immédiatement au Steamer Lake Simcoe. On a allégué qu’avant que le Lake Simcoe quitte Québec, le plan de faire s’enfuir les Syriens à leur arrivée à Montréal avait été comploté.

Après avoir quitté le Palais de Justice, les immigrants auraient été amenés rue Craig, dans une maison, puis de là dirigés sur différents endroits hors de la ville.

Une fois hors de la ville, on ajoute que chacun d’eux fut requis de donner un montant de 40,00 $ à 50,00 $ sur promesse de ne pas être remis aux autorités judiciaires.

Quelques-uns payèrent et d’autres refusèrent. Ces derniers seraient tenus en captivité jusqu’à ce qu’ils paient.

Relativement à cette évasion un mandat a été émané à onze heures ce matin pour l’arrestation d’un nommé Kahill Koulad, demeurant au No : 2 de la rue Rousseau. Il est accusé d’avoir voulu extorquer une somme de cinquante piastres de Elias Tannous, commis de cette ville, en l’accusant d’avoir volé plusieurs de ses compatriotes.

Le député Grand Connétable Lambert a été chargé d’exécuter le mandat d’arrestation.

À lire la semaine prochaine: Des immigrants s’évadent à la Longue-Pointe (4 de 7)

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