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Un frigo qui carbure à la solidarité

Environnement, Vie de quartier
Voici ce que Virginie Coignet a réussi à récolter et à redistribuer via son frigo collectif la semaine dernière. (photo tirée de la page Facebook du Frigo de Mercier-Est Montréal-Est)
Voici ce que Virginie Coignet a réussi à récolter et à redistribuer via son frigo collectif la semaine dernière. (photo tirée de la page Facebook du Frigo de Mercier-Est Montréal-Est)

Poivrons, laitues, céréales, beurre de noix, moutarde de Dijon, bain moussant : les trouvailles que fait Virginie Coignet quand elle entreprend la tournée des bennes à déchets des commerçants du secteur sont nombreuses. À tel point qu’elle les utilise pour alimenter un frigo collectif, ouvert à tous, sans discrimination.

C’est directement dans son appartement, situé dans l’immense immeuble du 9200, rue Sherbroole Est, que Virginie Coignet nous accueille. Sur les murs, des traces des anciennes vies de cette femme qui a tour à tour été propriétaire d’une société de gestion du patrimoine puis d’un couette et café sur le Plateau Mont-Royal. Tentures, peintures et autres souvenirs meublent son coquet appartement.

Mais, quand le diagnostic du syndrome d’Ehlers-Danlos, maladie génétique rare qui affecte le collagène, est tombé, sa trajectoire a complètement changé. Ses articulations, usées prématurément, ne lui permettaient plus d’opérer son bed & breakfast. « Comme j’étais travailleuse autonome, je n’avais droit à rien, ni aide sociale, ni chômage et il m’a fallu deux ans pour vendre ma maison, située devant le parc LaFontaine », se rappelle-t-elle. Une période difficile, où elle s’est organisée tant bien que mal.

Aujourd’hui en arrêt de travail temporaire, elle pratique régulièrement le « dumpster diving », un terme traduit par certains comme du « déchétarisme » et qui désigne l’art de trouver sa nourriture dans les ordures. « Chaque semaine, je passe en moyenne six heures à faire la tournée des bennes à déchets des commerces du secteur. L’idée, c’est de connaître les jours de collecte. En général, les commerçants jettent leurs choses la veille ou le jour même. Comme ils les congèlent avant, si on sait quand aller les chercher, cela nous permet d’avoir des produits frais », explique-t-elle.

Cette dernière fait fi des dates de péremptions qui, la plupart du temps, sont un simple outil de marketing, selon elle. Sauf pour la viande et le poisson, qu’elle n’embarque que surgelé. De plus, on ne trouve pas que des produits périmés dans les poubelles, loin de là, explique Virginie Coignet. Produits aux emballages abîmés ou jetés parce qu’une nouvelle collection entre en marché se trouvent régulièrement dans les bennes.  L’adepte de déchétarisme se rappelle, entre autres, d’une pharmacie qui s’était délesté d’un stock complet de brosses à dents électriques pour faire place au nouveau modèle sur les rayons ou encore de boîtes de chocolats Lindt bien enfouis au fond d’une poubelle.

Nourrir le suivant

Chaque semaine, Virginie remplit son frigo, son armoire, ainsi que son congélateur de produits dénichés derrières les fruiteries, épiceries, boulangeries, pharmacies, fromageries et dépanneurs de l’Est de Montréal ainsi qu’avec des dons. La récolte de la femme dans la trentaine est telle qu’elle n’a pas eu besoin de dépenser un sou au cours des six derniers mois pour se nourrir ou pour acheter des produits d’hygiène ou de nettoyage. « Et je suis loin de tout prendre! »

Un moyen de survie pour Virginie, soit, mais qui se conjugue aussi sur un mode solidaire. Ainsi, elle redistribue une partie de sa récolte à la communauté, via son frigo collectif. Un concept relativement nouveau, qui commence à faire des petits à Montréal et même à travers le Québec. Cette installation commune, qui peut être gérée tant par un citoyen que par un groupe communautaire, permet de partager des denrées.  Les utilisateurs peuvent y remplir leurs sacs à provision gratuitement ou encore ajouter leurs propres dons sur les rayons. « Certains utilisateurs m’apportent aussi des produits en échange de ce qu’ils prennent, ce qui m’évite d’avoir à en acheter. Mais ce n’est vraiment pas une obligation! »

Si l’espace d’entreposage de Virginie est somme toute petit, elle reçoit quand même quelques personnes par semaine, selon ce qu’elle réussit à récupérer. « Mais j’essaie en ce moment de voir si un organisme pourrait héberger le réfrigérateur et voir comment transformer le tout en coopérative ou encore en organisme sans but lucratif, explique celle qui s’occupe seule du frigo, de façon bénévole. Cela me permettrait non seulement d’augmenter la surface d’entreposage, mais aussi d’inciter les commerçants à nous offrir des dons », explique-t-elle.

Pour le moment, tout se déroule au sein même de son appartement. Pour obtenir des aliments, il suffit de contacter Virginie, via Facebook ou SMS pour obtenir un rendez-vous. « J’essaie de toujours avoir des produits non-périssables disponibles pour du dépannage et, vers la fin de la semaine, je fais le plein de fruits et de légumes que je redistribue ensuite », explique-t-elle. Par exemple, cette semaine, elle a sauvé du dépotoir choux-fleurs, brocolis, asperges, bananes, poivrons, yogourt et viande, entre autres. Elle envoie alors une photo aux quelques 350 membres du groupe Facebook Frigo de Mercier-Montréal-Est, qui manifestent alors leur intérêt.

Et nul besoin de se justifier pour avoir accès à cette ressource, ouverte à tous. « Il y a plein de gens qui travaillent mais qui peinent à joindre les deux bouts qui viennent ou d’autres qui gagnent bien leur vie mais qui viennent ici parce qu’ils appuient le principe mais qui ne sont pas nécessairement prêts à faire eux-mêmes du dumpster diving. »  En utilisant ce réfrigérateur communautaire, ils posent un geste contre le gaspillage, alors qu’entre le tiers et la moitié des aliments produits sur la planète se retrouvent au dépotoir. « Et pour moi, c’est une façon de m’occuper et de me sentir utile », lance Virginie.

 

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