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Asile St-Jean de Dieu : les membres du Conseil de la Société de Tempérance de l’église St-Pierre visitent l’Institution

Histoire
Édition du 23 juillet 1905. (photo : capture d’écran du journal La Patrie, BAnQ)
Édition du 23 juillet 1905. (photo : capture d’écran du journal La Patrie, BAnQ)

À l’été de 1905, des membres du Conseil de la Société de Tempérance de l’église Saint-Pierre viennent visiter l’Asile Saint-Jean de Dieu.

La Société aide les personnes aux prises avec des problèmes d’alcoolisme à l’époque. Certaines sont logées à l’asile.

Vous dénoterez aussi sûrement la façon particulière qu’on avait pour décrire ces patients à l’époque, tout en mettant en valeur la charité chrétienne.

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(photo : Coll. Robert Carrière)

(photo : Coll. Robert Carrière)

Par une faveur spéciale qui a été fort appréciée de tous, un certain nombre d’officier et membres de la Société de Tempérance de l’église Saint-Pierre, sous la direction du R. P. G. E. Villeneuve, O.M.I., ont pu visiter, hier l’asile de la Longue-Pointe.

La Société compte aujourd’hui mille membres dans la paroisse et ces braves gens, par l’exemple de leur conduite, et la propagande qu’ils font, sous l’égide du clergé, combattent la plaie sociale de l’ivrognerie. Ils accomplissent par cela même une œuvre vraiment nationale.

Le trajet sur le tramway du Terminal s’est fait le plus joyeusement du monde. De temps à autre, le long du parcours, l’on fit retentir l’air de pieux cantiques et de chants patriotiques. C’est M. Champagne qui faisait les soli et dirigeait en chœur improvisé, mais composé de bonnes voix, bien exercées.

On se rendit tout d’abord au mont Saint-Jean de Dieu, situé sur le coteau, à la Longue-Pointe. C’est un vaste édifice d’un style sévère, construit, il y a environ cinq ans (nouveaux pavillons rue Hochelaga), mais les parterres et les jardins qui l’entourent sont si beaux, qu’ils lui donnent presque un air riant. Les visiteurs furent reçus par la Révérende Mère provinciale, sœur Marie de Saint-Rédempteur et ses assistantes, avec cette sincère et franche urbanité qu’on ne rencontre guère que dans nos couvents. Il faudrait deux jours pour faire une inspection complète.

Les différents édifices couvrent une superficie de terrain de 10 acres.

En haut à droite, l’emplacement du futur village Champlain. (photo : Coll. Robert Carrière)

En haut à droite, l’emplacement du futur village Champlain. (photo : Coll. Robert Carrière)

Vus de loin, ils ne paraissent pas avoir les proportions qu’ils ont réellement. Pour s’en rendre compte, il faut parcourir ses longs couloirs à perte de vue, qui ressemblent à de grands tunnels. Ce qui leur prête davantage cet aspect, c’est la petite voie ferrée qui se trouve au centre et où circulent des chars électriques minuscules, pour faciliter le transport du personnel, des patients et du matériel.

Les grandes salles communes sont au nombre de 37, sans compter une quantité énorme d’autres pièces. Et quand le plan des constructions nouvelles que l’on veut exécuter sera complet, les bâtisses couvriront une surface de 81 arpents.

Il y a actuellement (1905) à l’asile 1591 détenus, 213 religieuses, 150 employés qui ont pour aide dans les différents travaux, une foule de détenus choisis parmi les moins affectés. Il y en a 84 qui travaillent à la ferme. On les a vus à table et l’on a pu constater aussi qu’ils mangent ferme.

Donc, la visite n’a pu être complète, mais pour ceux qui étaient là, pour la première fois, elle a été toute une révélation. L’on ne cessait d’admirer l’ordre et la propreté qui règne partout. Ce n’est pas, certes, le travail mercenaire qui peut arriver à de pareils résultats.

Il n’y a que le dévouement, l’esprit d’abnégation enfantée par la foi en Dieu. L’espérance d’une vie meilleure et la charité généreuse, qui peuvent produire de semblables prodigues. Telles sont les réflexions que faisait souvent le R.P. Villeneuve.

Nombre de salles étaient vides, mais par contre, les vérandas étaient remplies, les patients y étaient allés respirer l’air pur, humer à pleins poumons la forte brise qui leur arrivait toute embaumée du parfum des champs. En bas, dans la cour, on jouait au croquet, au football, etc., avec un véritable entrain de sport.

À la salle Saint-Paul, un détenu qui se croyait absolument maître de scène, souhaita la plus cordiale bienvenue aux visiteurs. Après avoir donné à chacun une chaude poignée de main, il les fit mettre en rang et il entonna d’une voix de ténor la populaire chanson « La Charité ». C’était un solide gaillard, mais aux dispositions les plus pacifiques.

(photo : Coll. Robert Carrière)

(photo : Coll. Robert Carrière)

On se rendit ensuite jusqu’au fleuve sur les chars électriques que possède l’institution pour communiquer avec sa ferme et ses autres pavillons. On est entré en passant, à la résidence Sainte-Thérèse, qui est un véritable palais. C’est là que sont les pensionnaires privés, hommes et femmes, et il ne leur manque rien, et même du luxe.

Toutes les pièces sont meublées avec richesse. L’on a vu là des travaux de broderie, de menuiserie et d’ébénisterie d’une perfection merveilleuse.

Après l’inspection des bâtiments de la ferme, l’on retourna par la même voie ferrée, au Mont-St-Jean de Dieu, ou le diner fut servi aux visiteurs. Après le diner, auquel chacun fit honneur, et que présidait le chapelain, M. l’abbé J.A. Bellerose, on alla faire une petite sieste sous un belvédère. Et l’on se remit à longer les grands couloirs en chars électriques, sur un train composé de deux voitures et contenant vingt-quatre personnes. On parcourut ainsi une longueur de 2 000 pieds. Les visiteurs purent constater que les victimes de l’alcool sont extraordinairement nombreuses.

(photo : Coll. Robert Carrière)

(photo : Coll. Robert Carrière)

Il y a là non seulement un nombre de pères de famille que le vice de l’ivrognerie a détraqués, mais une foule d’enfants rachitiques, difformes et idiots, par la faute de leurs parents alcooliques. Un aliéné dans le but de bien recevoir les visiteurs en les amusant à faire du chant de la musique et de la danse. On conçoit que dans un simple compte-rendu de cette nature il est impossible de relater tous les incidents et toutes les observations qui ont pu être faites.

En général, les aliénés sont tranquilles lorsque personne ne les excite. Quelques-uns sont mornes et taciturnes, d’autres sont de toute gaieté et bruyants, mais parfaitement contrôlables.

Que de types divers, de sujets repoussants, dont la charité chrétienne seule est capable de supporter le contact journalier ! Le spectacle qu’offrent ces infortunés est navrant et il s’en dégage un sentiment de tristesse profond.

Mais d’un autre côté, quand on voit tant d’ordre, une administration aussi parfaite dans une maison de ce genre, on se sent fier de nos institutions religieuses.

C’est avec ce sentiment que les visiteurs ont repris la route de Montréal vers cinq heures après avoir remercié chaleureusement les sœurs de leurs bienveillantes hospitalités.

Nos adeptes de la tempérance sont partis tout à fait retrempés dans leurs bons principes, après ce qu’ils avaient vu.

Source : BANQ – La Patrie, le 23 juillet 1905.

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