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Une curieuse lettre venant de l’asile Saint-Jean de Dieu

Histoire
Édition du 4 août 1905. (photo : capture d’écran du journal La Patrie, BAnQ)
Édition du 4 août 1905. (photo : capture d’écran du journal La Patrie, BAnQ)

En juillet 1905, le Journal La Patrie reçoit une lettre par un pensionnaire de l’asile Saint-Jean de Dieu. Elle est signée par Elzéar Lapointe, un interné.

Ce dernier souhaite demander une rectification concernant l’article publié dans le journal quelques jours plus tôt, lors de la visite des membres du Conseil de la Société de Tempérance de l’église Saint-Pierre.

La lettre va comme suit :

Hôpital Saint-Jean de Dieu                      
Longue-Pointe, 30 juillet 1905

Messieurs,

Vous rappelez-vous que des gens de la Société de Tempérance sont venus visiter l’Hôpital Saint-Jean de Dieu dimanche dernier ? On a fait dire à la Patrie qu’un aliéné avait bien reçu ces gens-là en leur accordant une belle réception.

Soyez donc assez bon de dire que ce n’est pas un aliéné, mais que c’est Elzéar Lapointe, le fameux danseur émérite. 

C’est moi qui reçois les visiteurs tous les jours d’une manière magistrale avec des adresses de bienvenue, puis une « clog dance » accompagné par le violon joué avec brio. Je vous assure, mes bons amis, qu’un aliéné et Elzéar Lapointe, c’est bien différent.

Venez visiter l’hôpital Saint-Jean de Dieu, et vous verrez la preuve comment je reçois (sic) les visiteurs.

Je vous invite, venez rire, c’est M. Elzéar Lapointe qui vous donnera du plaisir frénétique.

Dites cela sur la Patrie, pour que les visiteurs sachent cela, ils diront que ce n’est pas un aliéné qui reçoit les visiteurs, mais bien véritablement M. Elzéar Lapointe.

Je suis pour la vie votre très reconnaissant,

Elzéar Lapointe.

PS Le plus populaire de Saint-Jean de Dieu. Je ne suis pas riche, mais je vous envoie 25 cents.

Note de la rédaction – Nous avons renvoyé sa pièce d’argent à M. Elzéar Lapointe, et nous ne nous refusons pas à publier sa lettre.

Une seconde lettre d’Elzéar Lapointe

Quelques jours plus tard, ce pensionnaire de l’Asile Saint-Jean de Dieu écrit à nouveau à La Patrie. Le Journal précise alors que « les malades, quelles que soient la nature et la forme de leur maladie, n’engendrent généralement pas la gaieté. Les souffrances physiques, les inquiétudes, l’ennui, les rendent généralement d’un tempérament morose. À cette règle, comme à toutes, il y a toutefois des exceptions. On voit quelquefois des malades dont rien ne peut altérer la belle humeur et la jovialité. Elzéar Lapointe, un patient de l’asile Saint-Jean de Dieu, appartient à cette catégorie hilare. »

Voici la seconde lettre qu’il adressait alors à La Patrie :

 

Hôpital Saint-Jean de Dieu, Longue-Pointe                
4 août 1905

Monsieur,

C’est avec grand plaisir que je vous écris pour vous remercier bien cordialement pour m’avoir publié ma lettre sur la Patrie. Tout ce qui avait de marquer sur la Patrie à propos de moi c’est bien vraie. Depuis vendredi dernier, les visiteurs qui viennent visiter l’hôpital Saint-Jean de Dieu après avoir vu mon nom sur la Patrie veulent me voir à tout prix. Parce qu’ils savent que je suis capable de les divertir. Sans me vanter mes bons amis, je suis un peu rare.

Merci mille et mille fois de m’avoir annoncé sur la Patrie. À l’hôpital Saint-Jean de Dieu mes amis, il y a autant de plaisir avoir comme dans les places publiques, ici même la joie est plus spasmodique parce que ce sont des gens phénoménal. En terminant, je vous invite de tout mon cœur à venir rire à votre fantaisie et M. Elzéar Lapointe sera là pour vous recevoir d’une manière princièrement.

Votre très reconnaissant, Elzéar Lapointe, le fameux danseur.

J’ai bien hâte à votre grande visite et je vous promets que vous serez enchanté de votre voyage au mont Saint-Jean de Dieu.

Au revoir monsieur. 

PS Dite-moi s’il vous faut de l’argent pour me publier cette lettre sur la Patrie, je vais vous en envoyez immédiatement en recevant la Patrie. Merci encore.

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