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La Longue-Pointe veut s’annexer

Histoire
(photo : Collection Robert Carrière)
(photo : Collection Robert Carrière)

La Ville de Montréal n’a pas toujours été composée des 19 arrondissements qu’on lui connait aujourd’hui, dont celui Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, dans lequel nous nous trouvons.

Avant les fusions et les défusions survenues ces 20 dernières années, plusieurs petits villages avaient une identité propre il y a 100 ans.

Le 9 août 1905, il est justement question d’annexer la Longue-Pointe à la Ville de Montréal, surnommé à l’époque le « Greater Montreal ». Une délégation de citoyens ayant un sentiment annexionniste très prononcé de l’endroit ouvre les négociations lors d’une rencontre du comité d’annexion à l’hôtel de ville.

La Patrie rapportait leur échange dans l’édition du journal du lendemain. Voici ce dont il avait été question :

Le Greater Montreal – Invitation aux autres municipalités

Dans une conférence préliminaire tenue hier après-midi à l’hôtel de ville entre les parties intéressées, on a jeté les bases de l’annexion à la ville, non du village, mais de la paroisse de la Longue-Pointe.

Le territoire de celle-ci est de forme irrégulière. Sa longueur est de 4 milles sur une profondeur moyenne de 2 milles. L’évaluation municipale est de 630 150,00 $ et le taux de la cotisation est de 10 % par 100,00 $. La population est d’environ 1 400 âmes.

Il n’y a pas un seul sou de dette.

Voici, d’ailleurs quelle était la situation financière, le 31 décembre 1904 :

Recettes
Balance en caisse le 1er janvier 1 904  663,61 $
Recettes pour taxes et arrérages 756,47 $
Intérêt sur arrérages 3,48 $
Intérêt sur argent en banque 11,20 $
Argent reçu pour travaux 61,14 $
Argent pour licences 82,50 $
Argent pour arrérages de taxes 15,14 $
Recettes totales 1 593,54 $

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Dépenses
Dépenses 1 009,28 $
Balance en caisse 584,38 $
Total dépenses 1 593,54 $

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Actif
Balance en caisse 584,15 $
Dû par les intéressés du fossé  
verbalisé des Grandes Prairies 101,59 $
Dû pour arrérages et travaux 400,26 $
Total 1 180,01 $

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La paroisse ne formerait, pour commencer, qu’un seul quartier avec deux représentants.

L’échevin Lavallée présidait l’assemblée. Étaient présents :

Son honneur le maire de Montréal, Laporte, les échevins Vallière, L.A. Lapointe, Paquin, Ricard, Lévy, Bumbray et Robillard.

La paroisse de la Longue-Pointe était représentée par M. le maire Jos. Vinet, MM. les conseillers, H. Lapointe, H. Bergeron, T. Morgan, Pierre Bernard et

C.T. Viau, un propriétaire, M. George Hogg et le secrétaire, M. P.Z. Guy.

L’échevin Lavallé a fait remarquer tout d’abord que la première objection qui se présente est que la paroisse de la Longue-Pointe n’arrive pas jusqu’aux limites de la ville et la charte exige que l’on annexe que des territoires contigus. Il y a bien Sainte-Cunégonde entre Saint-Henri et Montréal, mais Saint-Henri est relié à la cité par le quartier St-Gabriel.

Or, dans le cas actuel, il faudrait de toute nécessité annexer aussi Rosemont, autrement dit la Côte Visitation, et il appert, d’après les déclarations faites par M. Dandurand, l’un des plus grands propriétaires de l’endroit, que les gens, de ce côté-là aussi, sont prêts à faire partie du Greater Montreal.

Les délégués veulent tout d’abord que les tramways de la rue Notre-Dame aillent jusqu’au bout de la paroisse de la Longue-Pointe. L’échevin Lavallé leur a fait savoir que ceci ne comporterait aucun embarras, parce que, en vertu du contrat existant, une fois l’annexion faite le conseil par simple résolution pourra forcer la compagnie à prolonger sa voie dans le sens désiré et établir aussi d’autres lignes.

Ils exigent aussi que la barrière de péage des paroisses soit abolie, mais il faudra pour cela s’adresser au gouvernement. Ils demandent encore que toutes les rues de Montréal parallèle à la rue Notre-Dame soient prolongées à travers les terres de la paroisse de la Longue-Pointe, de façon à en former des lots à bâtir et qu’ils consentent à donner le terrain gratuitement.

L’échevin Lavallé a fait remarquer que ceci nécessiterait aussi l’ouverture de rues transversales et que la corporation accorderait volontiers, dans ce cas, une indemnité basée sur l’évaluation municipale qui n’est pas élevée, de sorte qu’il en coûterait bien peu à la cité.

La raison en est que ces rues transversales ne permettraient plus de cultiver les terres. Il insiste pour que le plan ne soit pas fait par les propriétaires, mais par la ville. Autrement il arrivera ce qui est arrivé pour Beaurivage. Nous n’aurons que des bouts de rues et des culs-de-sac. Il ne faut pas que ce plan soit laissé aux tiraillements des intérêts privés. C’est la ville qui doit le faire. Elle fera concorder les rues du nouveau quartier, avec celles de la ville et s’efforcera de faire des terres arables de la Longue-Pointe, un des plus beaux endroits de Montréal, attendu que l’espace est assez vaste pour y créer de magnifiques parcs, ce qui manque malheureusement ailleurs.

Les délégués ont insisté pour que l’évaluation actuelle de leur localité fût maintenue pendant 25 ans. Le maire Laporte s’est fortement opposé à cela. « Je voudrais, a-t-il dit voir toutes les terres de l’île entrer dans le Greater Montreal, mais si l’on adopte un semblable principe, ce sera la mort du projet des annexions. Ce précédent ouvrirait la porte à toutes les spéculations et mettrait la ville dans une position impossible ».

Le maire Laporte suggère comme moyen terme que l’évaluation soit faite chaque année, selon l’augmentation du prix des fermes, jusqu’à ce que les lots soient concédés et qu’il y ait à ce sujet une conférence entre les intéressés et les cotiseurs.

La dernière condition exigée est l’élargissement de la rue Notre-Dame jusqu’à 80 pieds vis-à-vis la paroisse de la Longue-Pointe. Ceci pourra se faire sans beaucoup de frais, attendu qu’il n’y aura à exproprier que 4 ou 5 petites maisons et qu’on ne devra acheter qu’une petite lisière de terrain lequel coûte bien peu cher.

Comme conclusion, à la demande du maire et de l’échevin Lavallé il a été convenu qu’à la séance du conseil de lundi, l’avis règlementaire sera donné pour l’annexion de la Longue-Pointe; les délégués mettront par écrit leurs demandes qui serviront de base au règlement, et l’on écrira à Rosemont, la Côte-Saint-Paul, la Côte-des-Neiges, Verdun, leur faisant des ouvertures en vue de l’annexion.

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