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Paysages nordiques en sacs-poubelle

Culture
L'exposition en montage. (photo : courtoisie Michel Hellman)
L’exposition en montage. (photo : courtoisie Michel Hellman)

Après avoir signé trois bandes dessinées sur le Grand Nord et les Inuits qui le peuplent, Michel Hellman revisite sa passion avec « Plan Nord ». Présentée à la Maison de la culture Mercier, cette exposition met en valeur différents paysages nordiques façonnés à même des… sacs verts ramassés sur place !

C’est la matière première qui a inspiré le travail du bédéiste, Michel Hellman, qui les découpe, les étire, leur donne une seconde forme, une nouvelle vie. « Ces sacs poubelles m’ont permis de constituer des collages qui sont devenus les planches du livre Le petit guide du Plan Nord, que j’ai publié en 2013. J’avais entendu parler de ce plan économique du premier ministre de l’époque, Jean Charest, et je voulais aller sur place pour en voir les premières répercussions », raconte-t-il.

Michel Hellman part donc à la conquête de la Côte-Nord et se rend jusque dans les communautés innues d’Ekuanitshit et d’Uashat, particulièrement affectées par la construction du barrage La Romaine, un gigantesque chantier qui a pris forme dans ce secteur. « Cela m’a permis de confronter l’image du Nord idéalisé avec celui que j’ai vraiment vu sur place », raconte-t-il.

Un exemple du travail de découpe de Michel Hellman. (photo : courtoisie Michel Hellman)

Un exemple du travail de découpe de Michel Hellman. (photo : courtoisie Michel Hellman)

Depuis cette publication, l’artiste a créé de nouveaux tableaux autour de cette thématique, toujours selon la même technique. « Je voulais ajouter une autre dimension à mon travail, en créant des oeuvres plus grandes par exemple. Si les planches qui proviennent de mon livre se rapprochent plus du carnet de voyage, j’explore maintenant des thèmes comme la représentation du territoire, l’identité et la relation avec les peuples autochtones », raconte-t-il. C’est ce qui constitue l’essentiel de l’exposition qu’il présente actuellement à la Maison de la culture Mercier. Quelques découpages de papier tirés de la bande dessinée Iceberg, qui rappelle cette fois un accident nucléaire survenu dans l’Arctique, s’ajoutent aussi.

Ainsi, l’exposition pose un regard sur le développement économique de cette région, sur l’exploitation des ressources naturelles ainsi que sur les questions autochtones.

L’utilisation de sacs-poubelle n’a rien d’anodin, explique Michel Hellman. S’il ne les a pas trouvés par terre, il s’est quand même rendu jusqu’en Basse-Côte-Nord pour se les procurer et en faire son matériel de création. Une façon de symboliser les questions environnementales qui se posent dans ces régions, alors que le plastique étouffe la nature, la culture. « Cela rappelle aussi un enjeu plus sombre que vivent ces communautés très isolées, soit l’inhalation de vapeurs d’essence chez les jeunes, qu’on voyait beaucoup dans les reportages quand j’avais onze ou douze. Des images qui m’ont marqué et qui avaient fait le tour de la planète », évoque également Michel Hellman.

Toutefois, loin de lui l’idée d’être seulement défaitiste. « C’est aussi un sac plastique que je perce, pour laisser passer l’air. Surtout pour les plus grandes pièces, les morceaux sont tendus comme une peau d’animal », ajoute-t-il. Car s’il y a une note de contestation évidente dans son travail, l’exposition se veut un hommage  « à la beauté de cet environnement qui me touche beaucoup, avec ces gigantesques espaces, cette immensité du Nord, cette beauté fragile qu’on ne connaît pas assez et qu’on devrait célébrer comme faisant partie de notre identité. » Une façon aussi de briser la solitude qui existe avec les peuples autochtones.

« Plan Nord » de Michel Hellman // gratuit
Présentée à la Maison de la culture Mercier,
8105, rue Hochelaga
Jusqu’au 29 octobre
Présenté en tandem avec l’exposition « Yoshimura et autres variations », de Jean-François Roy

 

 

 

 

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