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Pour la protection des Shoebox

Immobilier, Politique
Il y aurait au moins une centaine de maisons de type Shoebox dans l'arrondissement, dont plusieurs ont été bâties avenue Lebrun. (photo: Anne-Marie Tremblay)
Il y aurait au moins une centaine de maisons de type Shoebox dans l’arrondissement, dont plusieurs ont été bâties avenue Lebrun. (photo: Anne-Marie Tremblay)

Dans la foulée du débat sur les Shoebox, ces petites habitations qui témoignent du passé ouvrier de plusieurs quartiers montréalais, l’Atelier d’histoire Mercier–Hochelaga-Maisonneuve joint sa voix à celles qui réclament un moratoire sur la protection de ces maisonnettes unifamiliales.

« Suite aux articles parus dans le journal Le Devoir et La Presse la semaine dernière sur les maisons du Boomtown, dites Shoebox, nous sommes en faveur d’un moratoire pour la protection de ces petites maisons, expression de la débrouillardise des familles ouvrières montréalaises », explique Réjean Charbonneau, directeur archiviste de l’atelier d’histoire, dans une lettre ouverte cosignée par Clément Locat du comité du patrimoine, Fédération Histoire-Québec.

En effet, vers la fin du 19e siècle et le début du 20e, plusieurs ouvriers ont construit leur propre habitation sur de petits terrains. C’était pour ces travailleurs modestes de l’époque l’occasion d’avoir non seulement un toit, mais aussi un petit jardin et un espace plus grand pour vivre, soutient Réjean Charbonneau. « Qu’on le veuille ou non, ces petites maisons d’un étage avec ou sans cave rappelant l’ancêtre du bungalow québécois constituent une partie incontournable du passé ouvrier et du paysage urbain montréalais », explique-t-il également dans la lettre.

Un phénomène qui touche tous les secteurs plus centraux de Montréal, bâtis lors de la vague d’industrialisation, rapelle Réjean Charbonneau. « C’est le type de construction qu’on ne retrouve pas du tout dans des quartiers comme Outremont, mais plutôt dans des secteurs autrefois ouvriers, comme Rosemont et le Plateau. » L’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, tout comme le quartier Mercier-Est, ne font pas exception à la règle, ajoute-t-il. Si l’arrondissement n’a pas fait de décompte précis du nombre des Shoebox qui y ont pignon sur rue, Réjean Charbonneau estime qu’on en dénombre une bonne centaine sur tout le territoire de MHM. Il cite en exemple les bâtiments de la rue Lebrun qui auraient fait l’objet de corvée collective à l’époque.

Aujourd’hui, ces habitations sont souvent lorgnées par les promoteurs qui y voient l’occasion de construire un immeuble à condos. Pourtant, selon l’atelier d’histoire, « Les Shoebox constituent une valeur ajoutée pour les couples et les familles qui n’ont pas accès aux condos et copropriétés, poursuit-on dans la lettre écrite par l’atelier d’histoire. Plus accessibles, elles offrent des avantages inestimables : indépendance, accessibilité, son chez-soi, sa cour, son jardin en ville. En somme, ces maisons devraient même avoir accès à un programme d’aide pour leur mise à niveau quand cela est possible. Elles représentent une fierté du passé ouvrier qu’on a tendance à cacher ou à négliger encore une fois. »

Vérification faite auprès de l’arrondissement, ces unités familiales ne bénéficient pas d’une protection particulière dans MHM. D’ailleurs, sans s’avancer sur un nombre précis, on confirme que certaines d’entre elles ont été démolies au fil du temps. Pour sa part, le groupe de citoyens les Badauds de Mercier-Est a recensé, au cours des derniers mois, plusieurs cas de ventes, de démolition ou de transformation de ces mini-maisons.

Des gestes réclamés

L’Atelier d’histoire Mercier–Hochelaga-Maisonneuve demande donc à la Ville de Montréal de mettre en place des mécanismes de protection. « Bien sûr, certaines de ces maisons sont à l’abandon (il faudra surveiller certains propriétaires quant à leurs responsabilités d’entretien), et sont si mal en point qu’il n’y a d’autres choix que de les démolir et de les remplacer en maximisant l’utilisation respectueuse du terrain. Nous croyons donc nécessaire que la ville et les arrondissements imposent le plus tôt possible un moratoire afin de protéger ces maisons par une application rigoureuse des règles de protection du patrimoine », explique la lettre.

Réjean Charbonneau considère aussi que l’arrondissement MHM devrait poser des gestes pour aider les propriétaires de Shoebox à les maintenir en bon état. En effet, la grande majorité des subventions pour la rénovation disponibles ne s’appliquent que dans la portion Hochelaga-Maisonneuve de l’arrondissement. C’est le cas du programme Rénovation résidentielle majeure, tout comme du programme Rénovation à la carte.

La lettre ouverte qui circule actuellement dans les différents organismes de protection historique de Montréal devrait être envoyée aux médias d’ici peu.

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