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1906: tentative de meurtre sur un enfant par… un magicien!

Histoire
L’hôtel Grand Central de la Longue-Pointe, propriété d’ Augustin Tétreault, neveu de Pierre Tétreault, en 1906. La Patrie ne précise pas si le magicien s’est produit à cet endroit. (Coll : Mme Tétreault, petite fille de Augustin Tétreault)

1906, à la Longue-Pointe: Attentat contre la vie d’un enfant par un magicien qui venait de donner un spectacle dans un hôtel. Voici ce qu’écrit La Patrie

Un misérable entraîne un petit garçon en lui promettant de l’argent, puis menace de le tuer et finit par le jeter dans un puits près du chemin de fer du Terminal. Supporté par la glace l’enfant réussit à se tirer de la position périlleuse où il avait été abandonné.

La nouvelle d’un autre enlèvement d’enfant, où les desseins du ravisseur ont toutefois avorté, grâce à l’énergie peu commune de sa victime, nous arrive de la Longue-Pointe.

Lundi dernier, un magicien se trouvait de passage à la Longue-Pointe, où il avait exécuté devant un certain nombre de personnes, à l’hôtel où il était descendu, des tours de cartes et autres jeux d’adresse.

Dans l’après midi, le magicien fit un paquet des accessoires qui lui avaient servi pour ses petites représentations et se disposa à partir pour Montréal. En sortant, il interpella le jeune Ernest Dufresne, âgé de 8 ans, enfant de M. Trefflé Dufresne, et lui demanda s’il voulait porter ses paquets jusqu’au tramway le Terminal, une distance d’environ un mille, lui promettant 50 cents pour sa peine.

L’enfant alléché par la promesse de cette récompense, accepta sans hésiter et se chargeant du fardeau, il emboîta le pas derrière l’inconnu. C’était une imprudence qu’il faillit payer de sa vie.

Lorsque le magicien et l’enfant eurent franchi à peu près la moitié de la distance qui les séparait de la ligne du Terminal, le petit qui est boiteux se sentit fatigué et demanda la permission de se reposer quelques instants. L’homme refusa net, et avec des menaces il lui intima de marcher. L’enfant dut lui obéir, il était accablé lorsqu’il n’atteignit la voie du chemin de fer, et ce fut avec un grand soulagement qu’il déposa son fardeau qui, bien que pas très lourd, l’était toutefois trop pour un enfant si jeune et par surcroît infirme.

Il n’y avait personne, au lieu de payer à l’enfant la somme promise et de lui rendre sa liberté, menaça de le tuer avec un revolver qu’il sortit de sa poche.

Jeté dans un puits

Puis visant une cabane de planche qui recouvre un grand puits très profond, tout près de la voie ferrée, et qui n’avait d’autre ouverture qu’un carreau pratiqué à environ cinq pieds du sol, il saisit le gamin et le jeta par cette ouverture à l’intérieur de la cabane.

Tout autour du puits, il y avait adhérant à la maçonnerie, une couche de glace assez épaisse pour supporter le poids du gamin. C’est ce qui lui sauva la vie. Mais la surface du puits au centre, était liquide. Enfermé dans cette prison, il craignant à chaque instant de sentir la glace céder et de se noyer, le gamin, terrifié, implora vainement la pitié du misérable.

” Retirez-moi d’ici, monsieur, je vous en prie “, s’écriait l’enfant tremblant de frayeur.

Le magicien, au lieu de le secourir, passa la main par l’ouverture de la cabane, et chercha au contraire à repousser le petit vers le centre du puits, où sa mort eut été inévitable. La hauteur du carreau empêcha toutefois le bandit de pouvoir exécuter son sinistre dessein. Alors il déclara à l’enfant que, s’il essayait de se sauver, il le tuerait sans pitié et qu’il tuerait également toute personne qui se porterait pour lui porter secours. Il faut que tu restes là, dit-il, pour conclure, et je reviendrai ce soir te chercher.

Puis le gamin n’entendit plus rien. Après quelques minutes, il pensa que son persécuteur s’était éloigné, qu’il était parti, peut-être, mais paralysé par la frayeur, il resta encore longtemps sans bouger dans la cabane où le froid et l’humidité le pénétraient et le faisaient grelotter.

Lorsqu’il eut acquis la presque certitude que le misérable était, il songea à se sauver, ce qui n’était pas tâche facile, car il était trop petit pour pouvoir, avec ses mains atteindre le bord de l’unique ouverture par où il pouvait espérer sortir de sa prison.

Après de longs et fatigants efforts, l’enfant réussit à pratiquer dans l’empierrement du puits des anfractuosités qui lui permirent de se hisser par degrés jusqu’à l’ouverture et reconquérir sa liberté. Malgré son état d’épuisement, le jeune Ernest courut tout d’une traite jusqu’à la maison de ses parents où il raconta l’aventure qui venait de lui arriver.

L’enfant était parti avec l’étranger à 4:30 heures de l’après midi, il était passé 7 heures lorsqu’il revint. L’enfant tombait de fatigue et il était trempé jusqu’à ceinture. Comme il était à présumer que le misérable ravisseur était à ce moment rendu à Montréal, le père renonça à le poursuivre.

Mardi matin, l’enfant étant sorti dans le village revint peu après tout effrayer raconté à sa mère qu’il avait revu le magicien. M. Dufresne n’était pas à la maison et Mme Dufresne, n’avait personne à qui confier la garde de ses enfants, ne put faire poursuivre l’audacieux personnage, et l’affaire en était restée là.

Le jeune Dufresne décrit le misérable qui a cherché à le faire mourir comme un homme assez grand avec une moustache noire. Il s’exprimait en français.

On se demande si ce lâche individu ne serait pas le même qui a assassiné dans des circonstances si odieuses la petite Ida May Ahern, à la Cote St-Paul. La description donnée par le jeune Dufresne ne concorde pas, il est vrai, mais un signalement fourni par un enfant de 8 ans peut fort bien manquer d’exactitude.

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