Publicité

«Toutes les femmes méritent d’être entendues» – Gabrielle Bouchard

Vie de quartier
Anik Paradis, coordonnatrice d’Info-Femmes, écoute Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec. (Photo: Stéphane Desjardins)

Info-Femmes recevait hier de la grande visite: Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des Femmes du Québec (FFQ), selon qui les femmes doivent débattre de questions difficiles si elles veulent faire avancer leur cause.

La FFQ a été crée en 1969 par Thérèse Casgrain pour donner une voix aux femmes à une époque où pratiquement personne ne les écoutait. Aujourd’hui, environ 400 organismes et 700 femmes en sont membres. «La FFQ est là pour aborder les sujets difficiles, politiques et sociaux. Au fil des ans, nous nous sommes battues pour le droit des femmes à tous les niveaux», expliquait Mme Bouchard, reprenant une maxime chère à l’organisme: «Égalité pour toutes les femmes, égalité entre les femmes.»

Rapidement, Mme Bouchard a insisté sur le fait que la Fédération n’hésite pas à tenir des débats difficiles, qui divisent parfois le mouvement féministe, dans un esprit tout simple: «Si nous voulons inclure toutes les femmes dans nos luttes, lesquelles oublie-t-on? Lesquelles n’entendons-nous pas?»

Elle a donné en exemple le débat sur la Charte des valeurs et le voile: «Certaines femmes veulent le porter, dit-elle. Pourtant, le voile est un puissant symbole d’oppression des femmes. Le débat a duré deux ans entre nous. Notre position est désormais la suivante: que celles qui désirent le porter puissent le faire. Ce n’est pas à nous de décider comment les femmes doivent se vêtir. Car, en décrétant comment les femmes doivent se comporter, on tombe justement dans le piège du sexisme. Comme pour l’avortement, c’est aux femmes de choisir, personnellement, ce qui leur convient. Et c’est notre travail de s’assurer qu’elles peuvent faire leurs choix sans interférence.»

Dans cet esprit, la FFQ se veut plus inclusive que jamais. «On doit soutenir les femmes les plus marginalisées de la société: par exemple les femmes autochtones, racisées ou LGBTQ, dit-elle. Quand nous faisons des gains pour les plus vulnérables, c’est l’ensemble des femmes et de la société qui en récolte les fruits.»

Pendant que la FFQ mène ces débats parfois difficiles, les groupes de femmes sur le terrain en profitent. Car c’est elles qui possèdent l’expertise et connaissent les réalités locales: «Ce que nous visons toutes: que les femmes aient le plein contrôle de leur vie», ajoute Mme Bouchard.

Elle donne un autre exemple: l’équité salariale. Dans la société en général, les hommes gagneraient environ 20% de plus que les femmes. Mais pour les femmes en bas de l’échelle, comme les immigrantes ou les fermières, cette proportion atteint 40%. «Si on atteint l’objectif d’éliminer l’écart de 20%, beaucoup de femmes seront laissées pour compte, analyse-t-elle. Si on choisit de se battre pour défendre les femmes marginalisées, on s’assure de ne laisser personne derrière.»

#et maintenant

«Il y a quelques années, la campagne #agression non dénoncée avait pris un envol réel, reprend Gabrielle Bouchard. Puis, ça s’est quelque peu essoufflé. Avec l’affaire Weinstein, la campagne #moi aussi a pris de l’altitude comme jamais et ça ne s’essouffle pas. Je m’en réjouis. Car les femmes sont enfin entendues à grande échelle sur la question des agressions sexuelles. Et elles ont pris le contrôle de leur expérience. Ça a peut-être commencé avec des gens célèbres et puissants, mais ça se répercute aujourd’hui dans toutes les sphères de la société et ça touche des gens ordinaires. Avec ce mouvement, les hommes réfléchissent; ils font attention à leur comportement. Ça crée un mouvement réellement collectif. On croit les femmes, on les écoute.»

Mme Bouchard estime que ce mouvement était inévitable: «Le système judiciaire est mal foutu. Les femmes ne s’y fient pas. Avec #moi aussi, on a recentré l’attention de la société sur le harcèlement. On a mis notre pied à terre, en disant: c’est assez! Les hommes comprennent désormais la portée de leurs gestes. C’est comme ça qu’on peut changer les comportements.»

Anik Paradis, coordonnatrice d’Info-Femmes ajoute que la campagne #et maintenant va plus loin: «Ça incite les femmes à se lancer à l’action, dit-elle. C’est très bon pour les centres de femmes et ça s’inscrit parfaitement dans leur rôle. Nous sommes là pour accueillir et écouter.»

Vos commentaires
loading...