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Les ambassadeurs de Station Vu : Fahrenheit 11/9

Culture

Dans cette nouvelle chronique, nous laissons la parole aux ambassadeurs de Station Vu, ce cinéma de quartier indépendant de Mercier-Est, qui vous livreront réactions, opinions et critiques cinématographiques. Cette semaine, Fahrenheit 11/9 qui sera à l’affiche vendredi.

Fahrenheit 11/9, par Stéphane Pageau

J’étais au CÉGEP. J’étudiais le cinéma. Un professeur inspirant m’enseignait que les documentaires pouvaient dépasser le simple reportage et être un genre cinématographique à part entière. Au même moment, une nouvelle star du documentaire venait prouver cette assertion plus que quiconque dans l’histoire. Michael Moore sortait son arme politique qu’est Bowling for Colombine. On connaît la suite.

J’ai tout vu ses films. Je ne pouvais pas manquer son dernier film Fahrenheit 11/9 projeté à notre sympathique cinéma de quartier Station vu.

Moore ne s’améliore pas, c’est certain. Les critiques qui lui étaient émises demeurent d’actualité. Il n’a toutefois pas perdu de sa pertinence politique. Il est encore aujourd’hui, pour les Québécois, la voie d’accès la plus claire, diffusé et connu de la gauche américaine. Sans lui, on pourrait presque dire que cette gauche-là n’existe que dans les slogans.

Moore livre un brûlot qui dépasse l’exécution annoncée de Donald Trump comme il l’avait fait pour George W. Bush avec Fahrenheit 9/11, qui lui avait valu un oscar. Sa cible est beaucoup plus large aujourd’hui. La question qu’il pose d’entrée de jeu : comment les États-Unis en sont arrivés à élire un président tel que Trump?

Monté comme un film de fiction, on trouvera dans Fahrenheit 11/9 des bons et des méchants dans une lutte à finir. Conformément avec l’époque, les vilains selon Moore sont les élites. S’il s’attaque principalement aux républicains, il tient également responsables l’establishment démocrate, Obama en tête, pour avoir trahi les aspirations de la population.

Ce que Moore met en scène est ni plus ni moins qu’une société prise en otage par les élites qui ont confisqué le pouvoir pour leur bénéfice. Une description qui fait froid dans le dos tellement elle est fascisante. Comme à son habitude, il fait la démonstration de sa thèse par d’innombrables archives.

Son illustration la plus déconcertante est un segment sur le scandale de l’eau contaminé à Flint au Michigan. Pour les habitués, Flint est la ville natale de Moore, il y a commencé son activisme politique et elle revient dans chacun de ses films. Une manière sympathique de nous parler de ses racines. Ce scandale est si important que Moore lui laisse prendre un bon tiers du film à nous montrer comment les intérêts corporatifs ont laissé tomber la population, noire de surcroît, à en rendre malade les plus pauvres. C’est la démonstration la plus claire du propos de Moore.

Une fois bien établies les conditions permettant l’avènement du plus étrange président de l’histoire américaine et d’avoir montré les implications actuelles du climat politique, il nous met en parallèle deux mondes possibles. Le premier se trouve dans la continuité. Flanqué d’un historien, Moore met en garde la population contre son désintéressement de la chose politique en soulignant que de continuer dans cette voie risque fort bien de nous amener au fascisme. Il n’y va pas de main morte. Il n’hésite pas à comparer la société américaine avec l’Allemagne d’entre-deux-guerres.

L’autre possibilité sur laquelle il fonde ses espoirs est la nouvelle gauche américaine, avec en tête Bernie Sanders, et les nouvelles figures qui y sont associés. Les mouvements qui prennent la rue comme celui des étudiants contre les armes à feu et le mouvement « Black lives matter ». Un réinvestissement de la politique par cette population pas encore embourgeoisée et libre de l’influence des grandes corporations. Sera-t-elle à la hauteur? On ne sait pas, mais Moore se garde bien de faire des parallèles entre cette classe de jeune activiste et les activistes d’autrefois qui étaient tout aussi idéalistes.

Sa pertinence, Michael Moore l’a depuis longtemps établie. Son talent pour raconter une histoire fait l’unanimité. Il est divertissant. Il fait rire. Il indigne.  Il est un peu la malbouffe des accros à l’actualité et aux essais politiques. Pour ça, Fahrenheit 11/9 est réussie. Malheureusement, il est moins bon pour esquiver les critiques quant à son argumentaire. Il est manichéen et démagogue. Particulièrement dans ce film, Moore saute du coq à l’âne amenant le spectateur dans un tourbillon qui donne parfois l’impression de se noyer. Le cinéaste dessine bien souvent à gros trait. Son point godwin de 20 minutes l’illustre bien.

Je ne suis plus le jeune étudiant en cinéma de mon CÉGEP. Le regard que je porte sur Michael Moore est différent aujourd’hui, mais pour l’attaché politique de Mario Beaulieu que je suis, ce film est pertinent par les questions qu’il pose et les enjeux qu’il soulève. Il y a le feu dans la demeure, nous devons y voir. Il rappelle que la lutte politique est intrinsèque au maintien de la démocratie et donne le goût de s’investir. Le film fait son travail d’éveilleur de conscience, de mobilisation, mais ce qui est le plus important encore pour du cinéma : il divertit.

Attaché politique de Mario Beaulieu. Après des études en cinéma, Stéphane Pageau a opté pour les sciences politiques; domaine dans lequel il œuvre comme chercheur ou organisateur depuis. Stéphane est très familier avec les enjeux du quartier puisqu’il travaille à son développement par l’entremise de ses fonctions.

Le contenu de cette chronique nous a été fourni par Station Vu qui a lancé cette année son programme d’ambassadeurs. Ainsi, ces derniers prendront la plume pendant la saison 2018-2019 pour partager leur réaction, opinion et expérience à la suite d’une soirée cinéma à Station Vu.

 

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