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1907: C’est la fête au village

Histoire
Photo d'archives de l'église Sainte-Claire, rue Mousseau. A remarquer, les poteaux à l'avant pour y attacher son cheval. (Photo: Archives de la paroisse Sainte-Claire, recherches Robert Carrière)
Photo d’archives de l’église Sainte-Claire, rue Mousseau. A remarquer, les poteaux à l’avant pour y attacher son cheval. (Photo: Archives de la paroisse Sainte-Claire, recherches Robert Carrière)

3 Février 1907: c’est la bénédiction de la nouvelle église de Tétreaiult-ville, rue Saint-Pierre (aujourd’hui rue Mousseau). Sainte-Claire de Tétreault est la quarante-deuxième paroisse de Montréal. Le journal La Patrie relate l’événement.

Bénédiction d’église à Tétreault-ville rue Saint-Pierre (aujourd’hui rue Mousseau). Une belle fête a lieu, dans cette nouvelle paroisse, à l’occasion de la bénédiction d’un nouveau temple.

Toute jolie et tout accueillante sous sa décoration de drapeaux, de banderoles et de lumières, la petite église neuve de Tétreault-ville ouvrait solennellement ses portes aux fidèles.

C’était grande fête dans la paroisse à l’occasion de la dédicace de ce temple dont l’érection comblait le voeu unanime de la population.

Les maisons des principaux citoyens étaient décorées. Par les rues également joyeuses, la foule cheminait vers le lieu saint, un air d’orgueil légitime et de contentement épanoui par toutes les figures. Toute la population catholique de Tétreault-ville s’est rendue à l’église, malgré le vent froid qui soufflait en cette campagne avec une violence particulière et perçait les vêtements les plus épais. Ce contretemps de la température empêcha une foule de gens des alentours et de Montréal de venir se joindre à la fête. Une cinquantaine, cependant, bravant ces rigueurs, avaient répondu à l’invitation. Ils furent amplement récompensés de leur courage, par le spectacle grandiose et touchant auquel il leur fut donné d’assister.

Sa grandeur Mgr Bruchési, archevêque de Montréal, présida lui-même le diacre de cette nouvelle église érigée en son diocèse. Un clergé nombreux l’accompagnait à la cérémonie; M. l’abbé Bélanger, curé de Saint-Louis de France et M. l’abbé Roussin, curé de la Pointe-aux-Trembles, on remarquait MM. Les abbés Charrier, Chevrier, Saint-Denis, Mongeau, Richard, Provost, Lévesque, Faucher, Perrin et Lecours. Parmi eux, triomphant et délicieusement ému était M. l’abbé J.B.A. Desnoyers, curé de Tétreault-ville et par l’énergique dévouement de qui le nouveau temple avait surgi comme merveilleusement du sol.

Aux premiers rangs dans la nef

Maison de Pierre Bernard, rue Notre-Dame à l’angle du boulevard Pierre-Bernard où a eu lieu la fête. (Photos: archives de Robert Carrière)Dans la nef on remarquait M. le juge Desnoyers, père de M. le curé de Tétreaultville ainsi que plusieurs autres membres de la famille Desnoyers, M. le maire Pierre Bernard, de la Longue-Pointe, dont la juridiction embrasse Tétreault-ville; le Dr. J.A. Leblanc, de Montréal, MM. les marguilliers de Tétreaultville; Pierre Maher, Étienne Gervais, Prosper Massicotte, Louis Lachance, Zéphirin Saint-Jean, Jos Lord, Pierre Tétreault et Jos. Rioux, MM. J.B. Jodoin, Montréal; J.B. Vinette Montréal; Édouard Laurin Longue-Pointe; A. Dagenais, H. Guillet, M. Mercier, F. Miron, M. Gamache et M. Lapointe, etc.

Mgr. l’archevêque bénit d’abord l’église, selon le cérémonial liturgique. Il parcourut les allées en aspergeant les murs, suivis processionnellement du clergé, dont l’invocation des litanies des saints alternait avec les réponses du choeur à l’orgue. Le petit Jean, Fils de M. Prosper Massicotte, qui prêta si généreusement sa maison aux fins du culte, portait la traîne de Sa Grandeur.

L’orgue était tenu par le titulaire régulier, M. Roméo Dagenais. Le chant, sous la direction de M. Joseph Sauvé, maître de chapelle, fut magnifique. On exécuta pendant le salut de Saint Sacrement qui  termina la cérémonie, le programme suivant:

Sanctus, messe brève de Gounod, Ave Maria, du même, Tantum Ergo, de Beethoven, et O Sanctissima, de M. le professeur Contant. Remarqué au nombre des chantres; MM. A. Archambault, J. Bouchard, H. Guillet, Charles Massicotte, O. Gervais, Z. Gervais, F. Malo, Jos. Gagnon, J.Guyon, ect.

Au cours de la démonstration, M. Pierre Maher, marguillier en charge lut à sa Grandeur une adresse de bienvenue où était exprimée la joie de la population de voir bénir leur temple par le premier pasteur du diocèse. Mgr. Bruchési remercia les paroissiens de Tétreault-ville de ses nobles sentiments et rendit hommage à leur foi chrétienne et à leur dévouement. Il est heureux de présider à la bénédiction de leur église. C’est la première visite que je vous fais, dit-il, mais combien de fois vous avez été l’objet de mes préoccupations les plus vives. J’étais touché de votre zèle à vouloir fonder une paroisse nouvelle.

Beaucoup se souviennent du temps où Montréal ne comptait qu’une paroisse, alors qu’il en compte aujourd’hui quarante-deux. C’est en même temps qu’un signe de prospérité, une preuve de l’attachement du peuple à sa foi. C’est la vingt-cinquième paroisse que j’ai l’occasion d’ériger moi-même.

Les commencements d’une paroisse sont pénibles, ils demandent des sacrifices de la part du pasteur et des fidèles.

Qui nous aurait dit que dans ces champs surgirait une petite cité, une paroisse nouvelle? Sa Grandeur rappelle les démarches généreuses des paroissiens et dit combien elle est émue en voyant le travail accompli ici depuis quelques mois. L’église est bâtie, une école spacieuse et confortable y est attachée, on a aussi construit un presbytère très convenable. C’est le résultat, dit Mgr. de la belle entente qui régnait entre vous et votre pasteur. J’admire surtout la bonne grâce avec laquelle chacun a sacrifié ses préférences personnelles au bien général dans le choix du site, des plans, etc. C’est le sacrifice que les institutions prospèrent et par la générosité. N’oubliez pas que c’est vous qui aurez à payer votre église, l’entretien de votre pasteur et les frais d’instruction de vos enfants. Mais ces dépenses, vous les faites pour vous-même, pour ce que vous avez de plus cher. Elles sont assimilables à celles que vous faites pour l’entretien et l’ornement de votre maison privée. L’église vous appartient vous la léguerez à vos enfants. Vous avez la satisfaction de faire ce qu’il y a de plus beau ici-bas; vous glorifiez Dieu en lui élevant un temple et vous travailles à l’éducation de vos enfants en érigeant une école.

Mgr explique ensuite pourquoi il a mis la nouvelle église sous le patronage de Sainte-Claire d’Assisse. Cette sainte était voisine de Saint-François, comme seront voisines deux paroisses érigées sous ces vocables. Puis Sa Grandeur exhorte les paroissiens à se montrer de vrais chrétiens, c’est-à-dire des disciples de Jésus-Christ, comme enseigne le petit catéchisme. Un disciple, c’est un élève. L’élève doit écouter son maître et réaliser ses enseignements. Jésus-Christ a dit: ” Je suis la Vérité, comme je suis la Vie “. Nous devons donc accepter toute la doctrine, sans exception, d’un seul dogme ou d’un seul mystère. Sa Grandeur insiste sur les deux grands mystères de la confession et de la communion. Elle recommande aux fidèles d’user souvent de ces sacrements. Surtout élevez bien vos enfants. C’est une Oeuvre sacerdotale que vous avez à remplir à leur égard.

Maison de Pierre Bernard, rue Notre-Dame à l'angle du boulevard Pierre-Bernard où a eu lieu la fête. (Photos: archives de Robert Carrière)

Maison de Pierre Bernard, rue Notre-Dame à l’angle du boulevard Pierre-Bernard où a eu lieu la fête. (Photos: archives de Robert Carrière)

Élevez-les vers le Beau le Vrai et la Vertu. Mgr. félicite une dernière fois les paroissiens du zèle qu’ils déploient pour les choses de Dieu. ” Persévérez dans ces beaux sentiments, dit-il, et Dieu vous récompensera puisqu’il a promis de récompenser même un verre d’eau donné en son nom. Je lui demande de vous bénir à jamais dans vos entreprises et dans vos enfants.”

Les paroles paternelles de Sa Grandeur parurent créer une vive impression dans l’auditoire.

Après la cérémonie à l’église, M. Prosper Massicotte emmena les principaux invités à sa maison, vider une coupe de vin, à la prospérité de Tétreault-ville. M. A. Dagenais épicier, l’un des principaux citoyens de l’endroit, voulut faire à son tour les honneurs de sa maison. La fête se termina chez M. le maire Pierre Bernard à sa vieille demeure centenaire, à la Longue-Pointe.

La Patrie, 1907.

Pour en savoir plus
Consultez le site de l’église Sainte-Claire, qui relate son histoire. 

 

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