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Relance de l’Est de Montréal : une opportunité de repenser la gouvernance portuaire?

Économie, Environnement

Le 26 octobre dernier, Valérie Plante et François Legault annonçaient leur intention de créer un comité de travail conjoint pour développer l’Est de Montréal. Or, un développement global et cohérent de l’Est apparaît impossible sans l’implication active du Port de Montréal, affirme l’une de nos lectrices dans une lettre ouverte que nous publions ici.

Dans sa thèse doctorale Les relations ville-port selon une approche d’écologie territoriale : le cas de Montréal (Université de Montréal-CIRRELT 2017), Mme Jeanne-Hélène Jugie s’est penchée sur l’ensemble des vulnérabilités du territoire en contact direct avec les installations portuaires. Dévitalisation économique, problèmes de santé publique, pressions environnementales importantes, l’interface située à l’est de l’île est mal en point et les besoins d’aménagement sont grands.

Le problème, selon Mme Jugie, est qu’il manque une gouvernance et une vision commune guidant les choix de développement et de planification à l’interface. Le manque de collaboration entre les différents paliers de gouvernement génère des freins et des incohérences dans les scénarios d’aménagement et les critères économiques l’emportent souvent sur les critères socio-environnementaux. Mme Jugie propose donc aux décideurs de se doter d’une politique stratégique cohérente qui serait pilotée par une agence autonome ou un comité mixte ad hoc. Le Port de Montréal y trouverait sa place en tant qu’acteur de développement territorial, dont les rôles restent à définir.

Une planification environnementale commune à la Communauté Métropolitaine de Montréal et au Port de Montréal est une autre de ses propositions. L’auteure fait remarquer qu’il y à l’Est de l’interface une forte concentration de gaz à effet de serre (GES) et de contaminants atmosphériques ainsi que la présence de sols contaminés. C’est également l’endroit qui présente le moins d’espaces verts. Des mesures d’atténuation et des compensations environnementales doivent être élaborées en collaboration avec les différentes parties prenantes. Cela exige un effort commun entre le Port de Montréal et la Ville pour documenter les problématiques et partager équitablement les investissements nécessaires.

Mais une meilleure concertation avec les populations locales et leur implication en amont des projets sont également essentielles, selon Mme Jugie. De plus en plus, il y a dans l’Est une population fortement mobilisée autour de la valorisation de leurs quartiers. Grâce au droit d’initiative que les citoyens de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve ont exercé, les Montréalais-es seront bientôt consultés à l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) sur l’avenir de l’interface Assomption-Sud. Toutefois, cette consultation se tiendra alors que le Port de Montréal a déjà planifié un projet d’infrastructure majeur sans concertation avec la population locale et sans que des scénarios alternatifs aient été soumis à un examen public. Les conditions favorables à l’acceptabilité sociale de ce projet d’accès routier ne sont donc pas réunies et le Port de Montréal doit laisser plus de place à la participation des citoyen-ne-s dans la prise de décisions.

La relance de l’Est de Montréal constitue une occasion de repenser les modes de fonctionnement entre le Port de Montréal, le gouvernement provincial, les décideurs urbains et les populations locales. Changeons, maintenant, il est plus que temps, les pratiques de gouvernance afin de faire de Montréal une ville portuaire réellement ancrée dans les réalités du 21e siècle.

Amélie Desnoyers, résidante de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

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