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Les ambassadeurs de Station Vu : Sugarland Express

Culture
(Courtoisie Station Vu)
(Courtoisie Station Vu)

Dans cette chronique, nous laissons la parole aux ambassadeurs de Station Vu, ce cinéma de quartier indépendant de Mercier-Est, qui vous livreront réactions, opinions et critiques cinématographiques. Cette semaine, leur opinion sur Sugarland Express présenté en formule Ciné-Club.

Sugarland Express : Un Spielberg en formule Ciné-Club, par Stéphane P. Pageau

C’était ma première fois. Première présentation d’un film en formule ciné-club à laquelle j’assistais à Station vu. Les mercredis Station vu, votre cinéma de quartier à Tétreaultville vous propose de découvrir, revisiter ou réinterpréter un film du passé avec un invité cinéphage. Surveillez les horaires, car ce n’est pas toutes les semaines que nous avons cette chance.

Un de ces mercredis soirs, j’ai assisté à la projection d’un film dont j’ignorais l’existence. J’étais pourtant certain d’avoir vu tous les films de Steven Spielberg, incluant même l’épisode de Colombo qu’il a réalisé. Durant tout ce temps, je vivais dans l’erreur. En ajoutant à sa programmation Sugarland Express (1974), Station vu m’a fait remarquer que j’avais passé outre cette étrange comédie d’action. Une curiosité du grand écran qui ne pouvait qu’être un flop au moment de sa sortie. Et pourtant, Sylvain Lavallée, auteur à Panorama-cinéma et commentateur invité au ciné-club, nous apprenait toutefois le succès critique du film ayant même remporté le prix du meilleur scénario à Cannes cette année-là. Va savoir pourquoi d’ailleurs. Vous comprendrez que, si j’ai adoré mon moment dans la salle obscure de la rue Hochelaga, et même si le film est divertissant, je ne lui accorde pas une valeur intrinsèque dans l’histoire du cinéma. Ce qui le définit le mieux est sûrement le terme de curiosité.

Si ce n’était de la présentation de Sylvain Lavallée nous affirmant que ce film était bel et bien basé sur un fait divers réel, nous n’aurions pu nous en douter, tellement les personnages principaux sont d’une imbécilité qui surprendrait n’importe quel misanthrope. Un couple de deux petits malfrats minables se retrouvent dans une interminable poursuite de voiture quand ils décident de prendre en otage un policier de la route et d’utiliser sa voiture pour se rendre à Sugarland. Poussés par l’idée absurde de retrouver leur jeune enfant sous tutelle de l’État et d’une famille d’accueil, ils vont multiplier les mauvaises décisions et rendre le spectateur autant perplexe qu’amusé par leur vision à courte vue et leur sens des réalités déficient.

Peut-être le road movie impliquant le plus de voitures et de bruits de moteur de l’histoire du cinéma, nous sommes plongés dans une poursuite de voitures qui dépasse les rêves les plus ambitieux d’OJ Simpson et des Blues Brothers. Difficile même de penser que 6 ans plus tard, en 1980, les poursuites de voitures dans The Blues Brothers n’ont pas été inspirées par ce film.

Mais, au-delà, du road movie tragi-comique ou une idiote et son beni-oui-oui de mari jouent les ouroboros, ce film n’a d’intérêt que par sa place de premier film pour le cinéma de Steven Spielberg, alors jeunot et presque anonyme, mais qui, l’année suivante, allait être expédié au rang de réalisateur vedette et de machine à cash hollywoodienne avec son Jaws (1975).  Il nous fallait toutefois l’oeil de l’expert Sylvain Lavallée pour bien apprécier l’œuvre, puisqu’il nous a permis de comprendre comment déjà, à cette époque, Sugarland Express laisse transparaître plusieurs thèmes et obsessions privilégiées de Spielberg.

Tout l’intérêt des ciné-clubs est là: découvrir un film, un réalisateur par un angle différent de ce que notre cerveau et notre culture personnelle nous amènent à voir en premier lieu. Là où j’y vois des personnages ridicules, quelqu’un d’autre y voit un archétype du père incompétent, qui traverse le cinéma de Spielberg. Dans une salle de cinéphiles prête à discuter du film, on vit une autre expérience que dans ces multiplexes où les spectateurs partent avait le commencement du générique en voulant être les premiers à vider leur vessie de la quantité inhumaine de pepsi qu’ils ont ingéré. Pour les cinéphiles, vous allez être chez vous. Pour les moins initiés, c’est l’occasion de goûter à l’enthousiasme de ceux qui voient les films comme des objets multidimensionnels. Je retournerai certainement à ces ciné-clubs, selon les films et les commentateurs. J’espère vous y croiser et discuter avec vous, voire, m’inspirer de vos propos pour écrire ma modeste chronique.

Attaché politique de Mario Beaulieu. Après des études en cinéma, Stéphane Pageau a opté pour les sciences politiques; domaine dans lequel il œuvre comme chercheur ou organisateur depuis. Stéphane est très familier avec les enjeux du quartier puisqu’il travaille à son développement par l’entremise de ses fonctions.

Le contenu de cette chronique nous a été fourni par Station Vu qui a lancé cette année son programme d’ambassadeurs. Ainsi, ces derniers prendront la plume pendant la saison 2018-2019 pour partager leurs réactions, opinions et expériences à la suite d’une soirée cinéma à Station Vu.

 

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