Publicité

Mobilité réduite : une chaise dans la neige

Transport, Vie de quartier
Martin Dion fait parti des 218 000 citoyens montréalais qui vivent avec une mobilité réduite. Pour lui, comme pour les autres, l'hiver est une grande source de perte de l'autonomie à cause du déneigement parfois déficient. (Photo: Clara Loiseau)
Martin Dion fait parti des 218 000 citoyens montréalais qui vivent avec une mobilité réduite. Pour lui, comme pour les autres, l’hiver est une grande source de perte de l’autonomie à cause du déneigement parfois déficient. (Photo: Clara Loiseau)

« Parfois je ne peux pas sortir pendant deux jours, quatre jours. Une fois, c’est même allé jusqu’à sept jours » explique Martin Dion, citoyen à mobilité réduite vivant dans Mercier-Est.

Alors qu’une nouvelle tempête de neige vient de frapper le Québec, que les citoyens ont dû déneiger entrées et voitures, certains se retrouvent prisonniers de leur appartement, maison, devenant totalement dépendant des services de déneigement de la ville.

Habitant un immeuble géré par l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) situé rue Sherbrooke Est, Martin Dion explique qu’il s’était préparé pour la tempête prévue mardi dernier. « J’ai déjà toutes mes choses ici. », explique-t-il. « Pour aller au centre d’achat ou à l’épicerie, il faut le prévoir. Je peux me permettre d’aller faire mes commissions quand c’est déneigé, mais il faut attendre un peu ou des fois longtemps [le déneigement] », continue-t-il.

Il faut également prévoir quand pouvoir prendre les transports adaptés. « Le chauffeur des transports adaptés peut refuser l’embarquement si ce n’est pas déneigé devant chez vous, affirme l’homme de 35 ans. Par exemple, moi quand ce n’est vraiment pas déblayé, j’annule mon transport à l’avance, pour pas qu’il vienne pour rien », continue Martin Dion. À Montréal, c’est plus de 31 640 usagers et usagères qui, comme lui, utilisent les transports adaptés.

Ces services ne sont pas efficaces pour les plus de 218 000 citoyens à mobilité réduite que compte Montréal, selon Linda Gauthier, présidente du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ), un organisme qui lutte pour les droits des personnes en situation de handicap. Ce qui les empêche « d’avoir une vie » déplore-t-elle.

Le service des bus des personnes ambulantes ayant des rampes d’accès pose également problème. « On ne peut même pas prendre les bus l’hiver parce que c’est très mal déneigé, très mal déglacé. Les bus aussi ont du mal à cause de la “slush”. C’est quasi impossible de prendre les bus de la ville l’hiver », explique Martin Dion.

Des demandes répétées

Si la ville indique « que pendant ou immédiatement après les opérations de déblaiement, la neige accumulée dans les zones de stationnement et les débarcadères pour personnes à mobilité réduite identifiées par de la signalisation permanente est dégagée de façon telle à permettre un accès facile et sécuritaire », la réalité est tout autre, selon Linda Gauthier.

Cette dernière assure que la plupart du temps, il faut que les personnes en situation de handicap appellent le 311 pour demander le déneigement de leur débarcadère. « Dès qu’il y a plus de 10-15 centimètres de neige, ils sont obligés d’appeler », affirme-t-elle.

Pour preuve, le 4 février dernier, M. Luc Forget, de l’organisme Ex AEquo, s’exprimait au conseil d’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, déplorant le non-déneigement du débarcadère d’une de ses amies, dans le quartier d’Hochelaga.

« Pourquoi avoir à demander pour des services qui sont des droits, s’interroge Mme Gauthier. Ce n’est pas normal de devoir appeler le 311 pour faire déneiger quelque chose qui doit l’être, qui fait partie des politiques de la Ville, ce n’est pas normal. »   

Pour Emely Lefrançois, responsable des communications chez Ex AEquo, organisme de défense des droits pour les personnes ayant une déficience motrice, « la problématique est connue », mais elle « ne voit pas beaucoup d’amélioration sur le terrain depuis les dernières années. »

Au conseil de la Ville de Montréal du 28 janvier dernier, l’organisme s’est encore adressé aux élus dans l’espoir de se faire entendre et de faire bouger les choses. Mais la Ville continue de tenir les mêmes discours : « la ville travaille sur des solutions année après année, ils sont toujours sur le point d’annoncer quelque chose, mais on en voit jamais la couleur et les personnes en situation de mobilité réduite continuent d’avoir de la difficulté à se déplacer de façon assez importante l’hiver », explique Emely Lefrançois.

Un appel qui se fait entendre ?

Pour Ex Aequo, la demande est simple. Il faudrait qu’une clause incluant le déneigement des débarcadères soit incluse directement dans les contrats préparés par la ville-centre, responsable du déneigement. Ainsi, cols bleus et entreprises soumissionnaires seraient dans l‘obligation de le faire, conclut Mme Lefrançois.

Une demande qui a été entendue par les élus de l’opposition à l’hôtel de ville qui vont déposer une motion au conseil municipal du lundi 25 février, à ce sujet. Une motion appuyée tant par Ex AEquo que par la présidente de la RAPLIQ. Cependant la mairesse Valérie Plante a déjà informé vouloir débattre de cette dernière, car selon elle, il s’agit plutôt d’une responsabilité relevant des arrondissements. 

Vos commentaires
loading...